‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 2)Chapitre 3 sur 168 · MORTK POUR LES AMUSER · texte numérisé non relu

MORTK POUR LES AMUSER

Or, comme on la menait droit à la préfecture :

« Faites-moi, s'il vous plaît, descendre de voiture

A ma porte, là-bas, brigadier, un moment.

Que je puisse du moins changer de vêtement,

Et m'ôter tout ce rouge et cette poudre à l'ambre. »

— Accordé. — - Deux sergents la suivent à sa chambre.

Tandis que gravement ils gardent le palier,

Elle entre d'un pied leste et d'un air cavalier...

Puis, d'un bond convulsif, elle est à la fenêtre!

Et, pensant à son père, — un vieux soldat peut-être,

Qui ne se doute pas de quels fangeux amours.

De quel fumier lui vient son pain de tous les jours; —

A sa mère qui, jeune, en mourant l'a bénie.

Qui la verrait du ciel au banc d'ignominie :

« Non, dit-elle, jamais ! » — et, comme vous savez,

S'élance et va tomber du toit sur les pavés;

Martyre criminelle, en cette mort si prompte.

D'un reste de pudeur, qu'on appelle la honte I

On attendit le jour pour relever le corps.

Les bals, en se fermant, refoulaient au dehors Pierrots, turcs et brigands, marquises et poissardes ; Charles-Quint et don Juan regagnaient leurs mansardes ; Et de nos merveilleux les chevaux, en passant. Ont pu heurter la morte et piaffer dans le sang. — Les gazettes en ont grossi leurs anecdotes Trois jours, et tout fut dit.

— G mes compatriotes 1 Jeunes gens du pays de France, du pays Où furent les beaux yeux si longtemps obéis; O mes frères cadets, dont l'heureuse jeunesse Du luxe de l'esprit écrase notre aînesse.

Et pour qui du savoir tous les flambeaux ont lui, L'amour, l'amour vous manque et tout manque avec lui! Ame de l'univers et soleil de la vie, Souflle ardent qui féconde ensemble et purifie. Et dont le ciel sur nous daigne se dessaisir Pour jeter l'infini dans l'éclair du plaisir! —

Écoutez : ce n*est pas d'éteindre la nature, De calfeutrer le cœur dans une sépulture, D'anéantir les sens... Pour vous prêcher ce point, Il faudrait être un saint, et je ne le suis point. — Mais, au risque d'abord d'y paraître un peu gauches. Ayez des passions en place de débauches !

Avec les passions naissaient plus d'un fléau. Les fautes^ les malheurs... dont est mort Roméo ; La famille parfois n'était pas bien gardée, Mais la race, après tout, n'était pas dégradée; Quelque chose de beau transfigurait le mal ; Le dieu, môme en tombant, dominait l'animal.

Et vous!... qu'à son vertige enchaîne un mauvais monde.

Quand donc rougirez-vous de votre ivresse immonde ?

Quand donc l'opinion, seule loi des esprits,

Voudra-t-elle confondre en un pareil mépris

La femme qui se vend et l'homme qui l'achète?

Encor plus d'une pleure et rougit en cachette !

Et, pour ces vils marchés, vous n'aurez pas enfin.

Comme elles, devant Dieu, l'excuse de la faim!

Eh bienl le cœur sali de cette vie infâme.

Vous vient-il le caprice, un jour, de prendre femme,

Des anges frais et purs sortiront du couvent

Pour signer au contrat... car le siècle vivant

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