‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 2)Chapitre 35 sur 168 · UNE APPARITION · texte numérisé non relu

UNE APPARITION

Puisse du moins mon auréole Éclairer ton chemin mortel !

Adieu I — malgré moi je m'envole...

Sois heureuse dans Israël. »

Un jour où, plus rêveur encor que d'habitude, Sans entendre le bruit que fait la multitude, Je traversais d'un pas distrait un grand bazar. Caressant quelques vers dans mon cœur... le hasard (Si le hasard jamais est pour rien dans ce monde!) Me fit porter les yeux sur une tôte blonde.

Jeune fille occupant ses deux mains au travail D'un commerce élégant et de menu détail.

Mais fière de nature, et laissant ses pensées S'aventurer, bien loin et bien haut élancées ; Mystère que j'avais d'un coup d'œil reconnu... — U est des fronts si clairs qu'on y voit l'âme à nu! Du reste, un col de neige, une taille d'élite; Et, sous ses cheveux blonds, le type Israélite : Profil accentué, pure distinction.

Primitive fraîcheur des roses de Sion !

Et je me dis : Ce front que la grâce environne, Comme Esther, à bon droit, porterait la couronne!... Un riche hymen du moins, par l'amour ennobli, Repaire ra du sort l'injurieux oubli...

Je le sais... je le vois... et de ces belles noces Vers le couple déjà s'avancent les carrosses... Et de la mariée on vient de tout côté Admirer le bonheur, égal à sa beauté !

Or cette jeune fille, ainsi qu'on le devine (Et je l'ai su depuis de sa bouche divine), Est celle qui, la nuit, avait vu revenir Une ombre, pour lui dire : Espère ! et la bénir.

Oh ! ne soyez pas inquiète, Sara; le ciel est noir, le destin peu brillant; Mais vous avez pour vous un rêve d'Orient, *

Et l'horoscope du poète!

14 OEUVRES D'EMILE DESCHÂMPS.

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