A MADAME ÉLISA DE VILLERS
Le Rimeur est semblable aux oiseaux, et, comme eux, Chante, chante sans qu'on Técoute;
Le Rimeur est semblable au torrent écumeux ;
Il marche devant lui sans regarder la route.
Il est sûr de trouver un lit.
Car tout est bon pour qu'il y dorme :
Les ronces dont le champ s'emplit.
Le froid marais, le roc informe I
Mais Toiseau — Dieu le veut — ne chante que l'été; Le Rimeur doit chanter encore.
Et toujours, lorsqu'il a chanté I Mais le torrent, captif quand la moisson se dore. Ne marche que l'hiver... Le Rimeur sans souliers Marche, marche toujours... 11 s'usera les pieds!
Mais l'oiseau dans son nid sommeille ; Et le Rimeur, il dort... ou veille.
Couché dans le lit du hasard.
Sitôt qu'il entre quelque part, 11 faut que quelqu'un se dérange, Pour faire place à Thôte étrange, Oui n'a sa place en aucun lieU Et ne converse qu'avec Dieu.