Livre au pourceaux lascifs les gazelles mourantes
S'il voit que les pourceaux aient un nom et des rentes.
Et les salons dorés vous seront indulgens.
Et vous direz aussi : Nous, les honnêtes gensi —
Ah ! cynisme de l'or ! ah ! pauvre espèce humaine !
Cependant il n'est point, à Paris, de semaine
Où quelque jeune fille, en sa première fleur.
Ne se heurte et se brise à l'angle du malheur.
Combien vont fatiguer les grabats d'un hospice !
Combien cherchent un gîte aux gains maudits propice.
Dans ces lieux où la joie est pire que' la mort!
Combien l'orgie en tue et combien le remord l
Il en est, de misère et de vice amaigries.
Qui font queue aux prisons, afin d'être nourries ;
ERYANËC LE RIMËUR.
D'autres, que Dieu délaisse et qu'une vieille instruit. Qui de leur sein honteux font avorter le fruit ; D'autres qui, ne pouvant y tenir davantage.
Se jettent dans l'enfer, d'un quatrième étage; D'autres qui sous l'injure, à cause du passé. Au milieu de leurs sœurs vivent, le front baissé. Et ne relèveront leur figure pâlie Que pour montrer le rire affreux de la folie!...
Et tout cela, messieurs, gentilshommes du jour. Parce qu'ayant vingt ans vous n'avez pas d'amour!
ERVANEC LE RlMEUR
{Poésie bretonne)
« Dans chaque troupeau Il est un taureau Plus fort que tous, qui règne Satisfait qu'on le craigne; Celui-là paît Où bon lui plaît.
Dans chaque paroisse Il est un front haut, Qui les petits froisse Autant comme il faut ; Quelqu'un qui fait un signe, Le premier. Et qui signe L'ordre sur le papier.
.OEUVUES D'EMILE DESGHAMPS.
« Il est un chef, une loi pour tout être,
Qui naît, souffre et meurt; Mais le Rimeur, lui, n'a ni loi, ni maître... Vive le Rimeur ! »
Voilà ce que dans leur chaîne Disent pâtre et moissonneur, A le voir passer sans gêne Et libre comme un seigneur; Puis, la tête sous les aulnes.
S'endormir d'un bon sommeil, Les deux pieds sur les fleurs jaunes, Qui dorment au grand soleil I
Ah ! c'est que nul n'a pu connaître Le Maître du Rimeur!... Voyezl Le Rimeur dort... voici le Maître, Qui frappe des mains et des pieds.
L'œil en feu, la face méchante, Il tousse, il fait son embarras ; Puis se croisant les bras :
« Rimeur, chante. »
Le Rimeur veut se taire ; il n'est pas en humeur ; Il a chanté la veille, et l'autre... il se recouche.
Le Maître, plus farouche, Lui met la voix de force et les mots dans la bouche :
« Allons I chante, RimeurI »
Le Rimeur chante ; il a tout chanté; le vertige L'envahit; il a peur... comme un chevreuil du cor. Peur de quoi ? peur de qui ?.. . peur du Maître, vous dis-je, Du Maître, toujours là, qui lui dit : « Chante encori »