‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 2)Chapitre 50 sur 168 · A DEUX AMIS OUI PLEURENT · texte numérisé non relu

A DEUX AMIS OUI PLEURENT

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Oui, dans ce pauvre monde, on souffre Pour naître et Ton naît pour souffrir.

L'avenir est un sombre gouffre ; U faut mourir ou voir mourir.

Mais, tant qu'un autre cœur vous reste Pour le voyage hasardeux.

Bénissez la faveur céleste...

Point de complet malheur à deux.

C'est la loi sainte... et même il semble (Las ! je le vois dans d'autres yeux ! ) Qu'un. temps vient où pleurer ensemble Est tout le bonheur sous les deux!

MISCëLLANÉëS. 103

MISCELLÂNÉES

— « Ce mendiant, dont la main jaune Appelle et reçoit votre aumône, Savez-vous que c'est un affreux .

Fainéant, un méchant ivrogne Qui rechigne à toute besogne; Un vagabond malencontreux, Sans moralité ni vergogne; Un...

— Je sais qu'il est malheureux. »

De ton trône croulant s'écartent tes valets;

Le peuple a défié ta garde taciturne;

Et les sombres coursiers de l'exil, — entends-les, —

Frappent déjà d'un pied nocturne

A la porte de ton palais!

Pauvre race d'Adam, incomplets que nous sommes, Sous la pourpre ou la bure, en grand comme en petit. Quelque chose toujours, ici-bas, manque aux hommes : Tantôt c'est le dîner, et tantôt l'appétit!

Au milieu des bouquets qui parent votre fête, J'ose apporter ici mes traits bien effacés; Souffrez-les à vos pieds, madame;... quel poète, Quel prince auront jamais été plus haut placés ?

Pour aller en châsse un jour je me guindé.

Ne fut plus dispos, ni mieux attifé, ApoUo chasseur descendant du Pinde !

Vers un mur de parc, en viseur fieffé,

101 GEUVRES D'EMILE DESGHÂMPS.

Je tire une gn've... et je tue un dinde!

Encor mVt-on dit qu'il était truffé!

L'argile, sous la main d'un fils de Canova,

Du brave Daumesnil nous reproduit l'image;

Il nous la faut en bronze... et, pour cet autre hommage,

Que faut-il? — Trois canons des milliers qu'il sauva.

Leursyeux, leur chant, leur taille ont un charmesuprême. Il manque là pourtant quelque chose, je crois; Je ne vois que deux sœurs... où donc est la troisième? Les Grâces furent toujours trois!

Oh! n'exagérons rien... la vérité pour tous... Je ne vous dirai pas, charmante fille d'Eve,

Que je pense toujours à vous;

Je mentirais;... parfois j'en rêve!

Mais demain que faire, madame !

Dans ce Paris en deuil d'où s'éloignent vos pas ? Que va dire à nos yeux, que va dire à notre âme Cette foule déserte où vous ne serez pas?

Ne penserez-vous point quelquefois à ces fêtes, Où^présidait la grâce, où luttait le talent ! Penierez-vous à tous les bannis que vous faites

D'un seul coup, en vous exilant?

Nos jours étaient si pleins 1 — hier, nos cœurs de flamme Veillaient dans vos salons, leur magique univers... Aujourd'hui pour adieux nous vous léguons des vers...

Mais demain que faire, madame?

Les miséricordes divines Gardent les roses sans épines Du printemps éternel à ceux Qui, sur la terre, peu chanceux,

MISCËLLANÉES. 105

N'ayant que le revers des choses, Cueillent les épines sans roses !

Il est une étoile à nos yeux, La plus belle entre les étoiles, La plus riche perle des cieux Dont la nuit ait brodé ses voiles.

Nulle autre n'égale en douceurs Sa couronne blonde et sereine.

Et, dans Tazur brillant, ses sœurs Ont Pair d'accompagner leur reine.

Comme lés éclairs d'un regard, La flamme de son front scintille ; Parfois elle tremble, à l'écart, Comme une enfant sous la mantille.

Les pauvres marins pâlissants Sont consolés dès qu'ils la voient; Dans ses feux les amis absents Se retrouvent si loin qu'ils soient.

Dans tous les langages connus Les mortels l'adorent sans cesse...

Car c'est l'étoile de Vénus, Ou bien c'est la vôtre, princesse!

Beau nom romain, beau nom créolCi

Paré d'une double auréole,

Sous tous les cieux favorisé;

O Virginia I Virginie !

Doux nom, au souffle du génie,

Par deux fois immortalisé.

Oh! que ne puis-je, une troisième, Te donner la gloire de même !

Tu l'as encor bien mérité :

Car jamais, dans l'histoire antique.

Ni dans le roman poétique.

Jamais tu ne fus mieux porté.

106 GEUVRES D'EMILE DESCHÂMPS.

Jamais Tesprit n*eut plus de charmeâ ; Jamais le rire ni les larmes N'eurent tant de puissance : oh I non, Et jamais l'heure, sur ses ailes, N'a fui si vite auprès de celles Qu'on appela de ce doux nom!

Coupe légère, allez trouver une main blanche Et transparente comme vous;

Que dans votre calice, en ruisseaux purs et doux. L'onde des fontaines s'épanche I

Que Bacchus s'en éloigne, et d'un flot lourd et noir

N'en ternisse jamais la fraîcheur salutaire!

Quand la nymphe se désaltère,

Dans son breuvage encore elle cherche à se voir.

Madame Louise Brevet, Que mon âme de loin rêvait.

Qui donnez aux lecteurs, aux amis, double fête Par la grâce charmante et le talent vainqueur. Je vous envoie ici ma tête, Afin qu'elle suive mon cœur.

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