‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 2)Chapitre 49 sur 168 · ÉPISODE · texte numérisé non relu

ÉPISODE

Gomme dans un rayon tournent de noirs atomes.

Mon esprit est hanté d'un peuple de fantômes.

Mais de l'horrible assaut suis-je un moment vainqueur?

L'espoir, de tous côtés, rentre, à flots, dans mon cœur.

Alors, les beaux projets, les fêtes de famille;

Les lectures, les jeux, le soir, sous la charmille;

Les déjeuners au bois, avec quelques voisins

Dont les enfants, porteurs d'un panier de raisins,

Vont, par l'anse d'osier le suspendre à la selle

D'un âne, qu'une blonde et rose demoiselle.

Monte déjà, riante, et semblable en son air

A Charlotte, au front pur, qui rendit fou Werther!

Et Ton part sans songer à l'orage qui plane ;

Et toujours je me trouve un peu trop près de Tâne...

— « Prenez garde, dit-elle, il vous fera du mal

102 GEUVRES D'EMILE DESCHAMPS.

Et VOUS ne pourriez plus, demain, danser au bal Avec votre cousine Alix! — Ne vous déplaise, Ma cousine est bien loinl »

Mais le panier qui pèse Fait chavirer le trône, et, de son embarras Plus belle encore, la reine a glissé dans mes bras... Elle crie, elle rit... et les mères accourent! Maudits soient les fâcheux amis qui nous secourent Et nous tirent d'affaire au plus beau du danger!... Cependant on arrive ; il faut tout arranger Pour le joli repas... La pluie alors commence. Et moi, qu'un rien ramène à ma terreur immense, Je m'assieds à la pluie... et sans suivre des yeux La blonde jeune fille et les enfants joyeux! !

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