‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 2)Chapitre 55 sur 168 · L^EXPIATION · texte numérisé non relu

L^EXPIATION

Il est là seul I — Chambre close, Nuit sombre et calme. — Il repose..

En flamme il va s'éveiller Sur son mortel oreiller I Usea, par un soin précoce, A chauffé ton lit de noce!

Il a dit, en se couchant :

« Marinai » — Le méchant!

L'infâme I... dans cette couche Où, ma bouche sur sa bouche.

Je le serrais, toute en feu , Oubliant le monde et Dieu.

Peut-être en rêve, il se crée La solennité sacrée Qui fait, par ses talismans.

Un seul corps de deux amants , Et permet le doux mystère Devant le ciel et la terre.

Oui, rêve, rêve, Misco !

C'est un rêve sans écho.

La fiancée, autre aurore.

Devance le coq sonore.

Et, sans prévoir aucun mal.

Prend son voile nuptial.

Quand elle verra des flammes Luire au loin les rouges lames.

USCA. ili

Lorsque sera ton destin Irréparable et certain, C'est moi qui, l'âme en délice.

L'instruirai de ton supplice.

Alors, Misco, je saurai Jusqu'où son amour est vrai.

Et (tu le verras toi-même), Si comme j'aime elle t'aime; Elle entrera dans les feux Pour mourir avec nous deux.

Voilà l'air qui se colore, Et le jour n'est pas encore l Dans la maison, jusqu'au bout, L'incendie éclate et bout.

Feu des vengeances, ilamboie !

Détruis l'ingrat!... quelle joie!

Ami, ne m'accuse pas Dans les horreurs du trépas.

J'ai souffert, moi, pauvre femme.

De mille morts dans mon âme.

Meurs, aujourd'hui, de ma main; Tu mourrais traître,' demain.

Meurs innocent de ton crime.

J'empêche au moins que, -victime De quelque charme infernal.

Tu formes un nœud fatal Avec la femme damnée Qui pour toi n'était pas née.

Meurs innocent! — c'est bien sûr Ton cœur était tendre et pur.

Ta beauté, sans nul mélange.

Égalait celle de l'ange.

Vas à ton Juge étemel Avant l'acte criminel.

Et ne crois pas que je craigne

De mourir, quand mon cœur saigne. '

Je saurai bien me coucher '

Sur ton lit, ardent bûcher!...

Mes deux âmes, il me semble.

Du brasier fuiront ensemble.

Que faites-vous là? — loin 1 loin !

Qu'il meure en paix, sans témoin I

Il se purifie à Taise ,

Gomme Tor dans la fournaise.

Laissez-lui son repentir ,

Et sa palme de martyr.

Oui, oui, c'est là Tincendie, L'œuvre de ma main hardie !

Tenez, voilà le flambeau Qui fit son brûlant tombeau !

Chut!... de la bouillante enceinte Ne vient-il pas une plainte?

Tu gémis, lâche ! — le fort Subit sans plainte son sort.

Moi, fille, je veux t'apprendre  devenir flamme et cendre.

Laissez-moi, partez, partez, Que je meure à ses côtés t

Et dites à cette femme :

« Ton amant n'est plus qu'une âmel

Et, veuve avant le mari.

Qu'elle juge, à son chéri

Dont la poussière s'envole.

S'il faut tenir sa parole. »

Elle dit, et brusquement Se jette au gouffre fumant... .

Ah ! pourquoi l'a-t-on sauvée ?

Est-ce pitié bien prouvée?...

POUR LA SâINT-CHARLËMAGNë. 117

Qu'elle réponde plutôt

Du fond de son noir cachot I

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