LE CHANT DU MAGGIAR
J'ai vu les blancs reflets du sabre, Les vifs éclairs sous les sabots De mon cheval quand il se cabre :
Ils étaient beaux ! — J'ai vu la lueur de l'aurore Couronner le chaume natal; Certe, elle était plus belle encore Dans tout son luxe oriental. — Mais j'ai vu la noire étincelle Dans l'œil de l'amante fidèle...
Et c'est le rayon le plus doux De tous !
Sentinelle, Prenez garde à vous I
J'ai vu les feux du camp dans l'ombre; Les mousquets, comme des flambeaux.
S'allumer, courir en grand nombre ;
Ils étaient beaux I — J'ai vu dans l'âtre qu'elle dore La bûche de Noël brûler; Certe, elle était plus belle encore; Qui n'aime à se la rappeler? — Mais, d'amour la flamme immortelle Au cœur de l'amante fidèle...
Ah ! c'est là le feu le plus doux De tous I
liO GEUVRES D*ÉMILE DESGHAMPS.
Sentinelle, Prenez garde à vous!
Dans le ciel brun glisse la lune...
Maintenant, sous ses vils lambeaux.
L'indigent rêve de fortune.
Songes bien beaux! — Couché près de son luth sonore.
Le barde rêve d'un laurier. Chimère bien plus belle encore...
Puisse-t-il ne pas s'éveiller! — C'est demain bataille nouvelle ; Rêvons à l'amante fidèle...
Voilà le songe le plus doux De tous!...
Sentinelle, Prenez garde à vous!