‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 2)Chapitre 97 sur 168 · LES OBSÈQUES DU R. P. DE RAVIGNAN · texte numérisé non relu

LES OBSÈQUES DU R. P. DE RAVIGNAN

A MOMSBiaMBUR DUPAMLOUP

Souvent, cierges en main, par la ville, je vois Les pauvres faire escorte à d'opulents convois. « Ces riches méritaient leurs richesses, » me dis-je; Mais le convoi d'un pauvre, à mon regard ravi. Des riches et des grands s'offre, en ce jour, suivi... Quel pauvre, donc, pour qui se fait un tel prodige?

Avançons. — Tout s'arrête, et, sous le froid brouillard, Le corps est descendu de l'humble corbillard, Devant l'église où pend un drap qui se délabre. J'entre dans Saint-Sulpice, emporté par le flux Du cortège, en marchant, grossi de plus en plus... Là, point de catafalque, et pas un candélabre.

Nulle tenture aux nefs;... mais, d'un premier coup d'œil, Gomme une veuve en pleurs, je vis la chaire en deuil... Un éclair sillonna mon âme. Ah ! m'écriai -je, Parmi les Requiem gémis autour de moi.

Ce mortl... Ahl c'est l'illustre apôtre de la foi! L'homme de sainteté I que notre angoisse assiège.

Lui qui de sa parole emplissait le saint lieu. Amenait et mêlait à la table de Dieu Tant d'hôtes convertis que sépare la terre ; Lui qui, forçant le doute à ployer les genoux. Avait déjà prêché quand passaient devant nous Sa muette ferveur et son profil austère;

Lui qui, relevant, seul, tant d'esprits abattus... Paix!... Voyez le prélat, rival de ses vertus, Qui, dans la chaire, ici, va pleurer ses louanges... A vous le grand évêque, à vos divins accents,

Page 1