‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 2)Chapitre 96 sur 168 · LÀ CLOCHE QUI MARCHK · texte numérisé non relu

LÀ CLOCHE QUI MARCHK

Qu'on ne voyait jamais au service divin.

Et qui passait tous ses dimanches A courir colline et ravin.

Sa mère, un jour, lui dit: « C'est la cloche qui sonne;

Elle t'enjoint, Ulrich, comme à tout le pays,

De te rendre à l'église ; et, si tu n'obéis,

Prends garde ; elle viendra te chercher, en personne. »

L'espiègle enfant répond : « La cloche pend là-haut. Et ne descendra pas pour moi. » — Puis, il s'envole. Tout joyeux, enjambant le village, d'un saut. Comme s'il sortait de l'école.

La cloche dans sa tour ne rend plus aucun son. Chaque doigt, sous l'ogive, au bénitier se trempe. Ahl voyez!... quel spectacle à donner le frisson!... Comme un monstre inconnu, qui bondit et qui rampe, La cloche, à travers champs, suit le petit garçon!...

La chose est incroyable... et vraie!

Ainsi que dans un rêve où l'on court à mourir, Le pauvre enfant se sauve, et suffoque, et s'effraie...

Dans la route qu'elle se fraie, Tintant toujours, la cloche est prête à le couvrir.

Par bonheur, une voix salutaire l'appelle.

Vers l'église il fait un détour;' Vignes, blés et halliers sont franchis tour à tour; ^ A bout de force, il entre enfin dans la chapelle...

La cloche remonte à sa tour.

Et le petit garçon, désormais sans reproche.

Dans l'église, dimanche et fête, sans broncher. Est déjà sur son banc au premier coup de cloche, De peur qu'elle ne vienne encore le chercher.

176 OEUVRES D'ÉMILË DËSGHAMPS.

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