‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 3)Chapitre 127 sur 167 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

SPÂDONI, puis DBS MARCHANDES DR PARURES.

SPADONI, entrant.

Signera!

Voyant qu'elle n*est pas là.

Personne !

Il montre la porte du cabinet.

Ah!

Il va frapper en appelant.

Signorine!...

A part.

On s'enferme!

283 OEUVRES D'EMILE ÛËSCHAMPS.

Le maître à son retour verrait-il ses rigueurs ?...

Au palais Pesaro les rigueurs ont leur terme.

Et voilà, par Saint-Marc! des arguments vainqueurs.

A la cantonade .

Apportez ces présents qui dé^rment les cœurs.

Entrent dea marchandes de parures portant des étoffes et des joyaux de toutes sortes.

Air, avec chœurs.

LES MARCHANDES

C'est nous qui vendons aux dames Leurs plus élégants atours; Pour se faire aimer des femmes, A nous les grands ont recours.

Les sénateurs de Venise Au Rialto vont nous voir; Par nous, bourgeoise et marquise Savent doubler leur pouvoir.

SPADONI, courtisant les marchandes.

Quels doux accents, et que vos yeux sont doux !

Ah! sur ma foi je suis épris de vous !

Voyons, voyons, vos plus riches bijoux ;

Rien n'est trop beau, rien n'est trop cher pour nous.

LE CHOEUR, accompagnant.

Oui, devant son miroir, Nous charmons mainte belle ; Pour flatter son espoir.

Maint amant nous appelle.

SPADONI

En ce lieu de plaisance.

Tout, devant ma puissance.

Aujourd'hui va céder; Le Duc en son absence Me laisse commander.

De Monseigneur, tendres beautés.

Sachez par moi, sachez les volontés;

STRADI'.LLA. 2HI

Qu'aux talismans que vous portez D'un cœur rebelle il doive les bontés !

ENSEMBLE

LES MARCHANDES

Voyez ces fleurs, voyez ces gazes.

Et ces colliers dignes des rois ; Brocarts, damas, rubis, topazes.

On n'a que l'embarras du choix ; Velours brodés, riches dentelles, Robes d'argent, écharpes d'or...

Masques galants, modes nouvelles, Et que Paris n'a pas encorl

SPADONI, à part.

Autour de moi comme on s'empresse !

Du maître servons les projets; Mais agissons avec adresse.

Il faut gagner sur ces objets.

Aux marchandes.

C'est admirable^ par ma foi I

Voyons ces fleurs, ces blanches gazes.

Et ces joyaux dignes d'un roi.

Les marchandes la harcèlent el le tirent de tous câtés.

Riches colliers, belles topazes...

Mais quel vacarme I ah I laissez-moi !

Sur le de?ant de la scène.

Que de plaisirs, de profits et d'honneur, Pour le valet favori d'un seigneur!

11 est heureux comme un vrai sénateur, Pourvu qu'il ait certain air séducteur.

Venez à lui sans façon et sans peur, Jeunes beautés, il n'est point un trompeur.

LE CHŒUR

Entendez-nous, jetez les yeux, Sur ces objets si merveilleux.

• Ah ! quel tapage, en vérité!

Ne puis-je donc être écouté?

Sar le devant de la scène.

Que de plaisirs, etc.

LES MARCHANDES

Allons, seigneur, n'épargnez rien!

Ghoississez tout et payez bien !

SPADONI , donnant de l'argent aux marchandes.

Voilà pour vous, mais du palais Partez, partez, et sans délais.

BNSEMBLB.

LES MARCHANDES

Enfin, c'est ainsi que vous êtes.

Mesdames, dans tous les pays ; Les cadeaux font tourner vos têtes , Quand vos cœurs ne sont pas séduits.

Elles comptent l'argent que Spadoni leur a donné.

Mais quoi ! voilà notre partage I Vraiment c'est trop peu de sequinsî Il en comptera davantage...

Ah ! ces valets sont des coquins 1

SPADONI, à part.

Enfin c'est ainsi que vous êtes, Mesdames dans tous les pays; Les cadeaux font tourner vos têtes.

Quand vos cœurs ne sont pas séduits...

Aux marchandes.

Eh bieni voilà votre partage; A vous ces bourses de sequins;^ Vous en faudrait-il davantage?

Ahl ces marchands sont des coquins!

Spadoni renvoie les marchandes, qui ont déposé leurs éiolTes et sortent à droite du fond.

STRADELLA. .:R3

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