‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 3)Chapitre 167 sur 167 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

Je me souviens d*un pauvre apothicaire...

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Cette description de la misérable boutique de l'apothicaire est célèbre dans la poésie anglaise, et la scène qui suit est d'une

grande originalité. Sbakspeare y montre toutes ses profondes connaissances da cœur humain et cet esprit d*observation philosophique qui égalait chez lui Téclat de Timagination.

Que vois^je? — Elle respire, elle s'agite?*..

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Voilà ce qui constitue le dénoûment que Garrick a substitué à celui de Shakspeare, et que tous les théâtres ont adopté avec raison. Dans la tragédie primitive de Shakspeare, Roméo arrive dans les tombeaux, contemple Juliette qu'il croit morte, avale le poison et meurt. Juliette ne se réveille qu'après. ~ Elle voit le cadavre de son époux étendu près d'elle ; et, sans pouvoir rien s'expliquer, elle se tue. Gela est d'une tristesse effrayante, d'un tragique morne, plus profond, plus désolant que les scènes substituées par Garrick ; mais il faut convenir que le dénoûment, tel que ce grand tragédien l'a combiné, est plus saisissant, plus pathétique, plus scénique, par les alternatives d'extase et de désespoir qu'il renferme. Il est surtout plus favorable au jeu et à la pantomime des acteurs, et cette seule considération devait le faire préférer. Aucune autre tragédie ne se termine par une catastrophe où la terreur et la pitié soient portées à un si haut

C'est à un tel point que la langue parlée est en quelque sorte insuffisante dans une pareille situation, dont la musique, ce langage des passions et de la douleur, s'est emparée victorieusement dans le drame lyrique.

Là, messeigneursl...

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Après la mort de Juliette et de Roméo, Shakspeare ramène leurs parents, le prince et tous les personnages encore vivants, suivis d'une foule de citoyens de Vérone; et la réconciliation des familles ennemies est jurée sur les cadavres des deux amants, entre les mains du père Laurence, qui parle au nom du Dieu de paix dont il est Iç ministre.

Cette dernière scène est la haute moralité de l'œuvre. Elle était supprimée dans la traduction pour le théâtre ; on ne l'eût» peut-être pas écoutée. Je la rétablis ici comme un complément

354 OBUVRES D*ÉHILE DESGHAMPS.

aust! beau qne nécessaire ; sealement Je Fai abrégée autant qu'il a été possible sans détruire la clarté, parce que, même pour la lecture, elle est trop développé dans Shakspeare.

Sous Charles II, le célèbre Otway transporta la catastrophe de Roméo et Juliette dans sa tragédie de Caius Marcus, mais •ans effet et sans succès. La même situation, les mêmes beautés poétiques n*pntpas la même valeur quand on les déplace : sem« blables à ces plantes délicates qui ne fleurissent que sur le sol natal.

CORDÉLIA

(NoU de VÈditeur.)

On reconnaît dans cette poétique fantaisie l'inspiration shakspearienne. On y retrouve quelques-uns des personnages du Roi Lear, L'action est différente, la mise en scène est légèrement modifiée, le dénoûment est tout autre. — Ce n'est, à vrai dil^, qu'une variation très-librement brodée sur Tépisode final du drame.

STRADELLA

(Note de VEditeur,)

Nous avons retrouvé dans les papiers de M, Emile Deschamps la lettre suivante qui lui a été écrite à Voccasion de la première représentation de Stradella, le 5 décembre i837, par quelques jeunes gens enthousiasmés de Vœuvre et du poète. Cette lettre, malgré sa forme un peu native, nous parait offrir un double in$érét : elle donne en effet la mesure du succès dramatique obtenu par Vauteur, en même temps qu'elle nous montre ce que pouvait être à cette date le sentiment littéraire d'une partie de la jeunesse française.

Vendredi, à minuit, en sortant de l'Opéra.

« Monsieur,

« Nous sortons émerveillés de S^rodcWa, émerveillés du poëme, de la musique, des décorations et de la mise en scène, et pardessus tout d'un succès sans aucun charlatanisme de journaux et de cabales. Permettez, monsieur, à une vingtaine de jeunes gens qui aiment de cœur Tart et la poésie de saisir cette belle occasion de vous témoigner leur vive sympathie et leur franche admiration pour votre talent et votre caractère qui sont restés si purs, au milieu de la décadence des mœurs et du goût. Personne n'a plus de nouveauté, d'originalité et d'imprévu qu'Emile Deschamps; et cependant que de convenance, de charme et d'intérêt dans toutes ses productions! Prose, poésie, esprit, inspiration, vous avez tout... Et jamais vous ne vous êtes mis sur le chemin de qui que ce soit, si ce n'est pour donner la main aux plus jeunes, et soutenir leurs pas dans la carrière où vous triomphez si souvent; car, monsieur, après douze ans de

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