‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 3)Chapitre 26 sur 167 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

(Bn Angleterre.)

Une salle dans un grand château. — De grandes fenêtres en arcades, au fond, ouyertes snr la campagne.

MALCOLM ET MACEiUFP, entrant ensemble.

MALCOLM

Cherchons quelque retraite obscure, où par les pleurs. Sur ce bord étranger nous calmions nos douleurs.

MACDUFF

Non; suivis des Anglais, prince, tirons Tépée; Marchons, en braves gens, sur TÉcosse usurpée; Que ses monts glorieux tressaillent sous nos pieds. Plantons-y vos drapeaux, et, bientôt expiés.

Devant un peuple, en deuil, d'orphelins et de veuves. Les triomphes du crime auront leur temps d'épreuves.

MALCOLM

Ce que vous m'avez dit peut être vrai. Pourtant, Ce Macbeth, qui n'est plus qu'un monstre révoltant. Dont le nom seul flétrit la bouche qui le nomme. On le crut vertueux, on en iit un grand homme. Vous l'aimiez tendrement, vous; et même, aujourd'hui.

Vous n*ayez nu sujet de vous plaindre de lui. Quoique bien jeune encor, le tyran me redoute, Et ma tête serait de quelque prix, sans doute. Et Ton pourrait jeter, par un soin complaisant, Une faible victime à ce Dieu malfaisant...

Cest qu'on m*a tant trahi!

MAGDUFF.

Je ne suis pas un trattre 1

HÂLGOLH.

Mais Macbeth en est un ; et, sous le poids d*un maître Un cœur noble et loyal quelquefois peut iléchir! Pardon, si de ma peur je ne puis m' affranchir; Elle ne change point ce qu'en effet vous êtes. Les anges ont toujours les rayons de leurs têtes. Quoique le plus brillant soit tombé loin de Dieu.

MAGDUFF, stapéfoit.

J'ai perdu tout espoiri

MALGOLM.

Peut-être au même lieu Où j'ai trouvé le doute. Ah ! vos fils, votre femme, Tous ces gages d'amour, tous ces trésors de l'âme. Gomment, pour un voyage Incertain, hasardeux. Les avez-vous quittés sans prendre congé d'eux? Parlez; dans mes soupçons ne voyez, je vous prie...

MAGDUFF, offeogé.

Péris, ah 1 péris donc, malheureuse patrie ; Sur ton trône de fer, tyrannie, assieds-toi ; Et vous, servez Macbeth, car il est votre roi. Adieu, seigneur, adieu, je ne voudrais pas être Lé lâche qu'en Macduff vous croyez reconnaître. Pour tout le sol que tient le tyran sur ces bords, Y dût-on ajouter l'Inde et tous ses trésors I

n va pour sortir.

MALGOLM, le retenant.

Ne vous offensez pas de mes craintes, vous dis-je; D'embûches entouré, faut-il que je néglige Toutes les sûretés...

MACBETH. 81

MAGDUFF, le cœw Yiavré.

Non, non, vous faites bien ; Et MacduiT ne demande et ne promet plus rien. — Donnez-vous, cœur et sang, à la cause des princes, Osez votre héritage à grossir leurs provinces, Blanchissez sous le casque, et courbé par le temps, Veillez et combattez pour des rois de vingt ans ; Gardez, sans rien prétendre, et sans plainte importune, La même âme à leur bonne ou mauvaise fortune ; Conduit, par je ne sais quel prestige fatal.

Quittez pour eux épouse, enfants, château natal, La nuit, sans dire adieu, de peur qu'on ne vous crie: « Vous êtes insensé î » Fuyez votre patrie.

Gomme un soldat son poste ; allez, de cours en cours. Toujours vos rois au cœur, leur chercher des secours. Bien longtemps mendiés, arrachés par contrainte. Puis, à leurs pieds, ainsi qu*au pied de la croix sainte, Déposez pleurs, injure et fatigue et péril... Vous les trouvez ingrats jusque dans leur exil ; Heureux, si pour couvrir, par une vile étude. Leur royale indolence et leur ingratitude, Ils ne flétrissent pas, sans pitié ni raison. Votre fidélité du nom de trahison I

MALGOLM, sappliant.

Macduff! Macduff!

MAGDUFF, areo un noble courroux.

11 faut que mon cœur se soulage Et je reprends enfin la majesté de Tâge, La vérité, des rois approche rarement.

Mais vous Tentendrez, grâce à votre abaissement. — Dn prince, qui profane ainsi les vieux services, Sans aucune vertu doit avoir tous les vices ; Il sera juge inique, et plus lâche soldat, Fourbe, impie, oppresseur, tout... car il est ingrat. Éloignez de son front, grand Dieu, ce diadème, Que j^allais de mon sang lui racheter moi-même. Car, sous son jong honteux si FÉcosse tombait,

L'Ecosse de Malcolm regretterait Macbeth I

Avec UD attendrissement dooloureux.

Ton père fut un roi victorieux et sage ; La reine dont je vois les traits sur ton visage, Plus souvent à genoux qu'assise dans sa cour. Se plaisait en Dieu seul et vivait chaque jour Comme s'il eût été le dernier de sa vie !...

Saints exemples perdus! Gloire à jamais ravie!... Eux qui te caressaient d'un regard triomphant. Qui se glorifiaient déjà dans leur enfant...

En voyant ce qu'il est, de quels sanglots étranges Doivent-ils attrister, là-haut, le cœur des anges î De leurs ailes sans doute ils ont voilé leurs yeux... Caria honte d'un fils rejaillit jusqu'aux cieux. Pardon, mânes sacrés, si. mes plaintes profanes Ont troublé votre paix I pardon, augustes mânes. Si votre vieux soldat, si Macduff, une fois, Est sorti du respect pour le sang de ses rois; Mais on navre mon cœur, on suspecte mes armes, On refuse mon sang, on ne voit point mes larmes. Et, guerrier sans reproche, outragé sans remord Je n'ai plus qu'à mourir d'une inutile mort !

MÂ.LG0LH, à genoux.

Non, j'abjure à tes pieds mes frayeurs sacrilèges.

Ah 1 si tu savais tout, et dans combien de pièges

Le tyran a tenté de surprendre déjà

Ton Malcolm orphelin, que Dieu seul protégeai

Hélas 1 jusques à toi, je n'ai vu que des traîtres.

Des tigres, aflfamés de la chair de leurs maîtres.

Mon frère, Donalbain, sous leurs dents est tombé.

Et, par miracle, moi, je m'y suis dérobé ;

Mais, toujours poursuivi par quelque noir fantôme.

Je cherchais un refuge et non pas un royaume...

Tu vins... Ton souvenir se mêlait à celui

Du château d'Inverness, d'où je m'étais enfui,

Au souvenir sanglant de cette nuit terrible.

Où mon père... N'importe! et mon doute est horrible!

Le nom seul de Macduff me commandait la foi.

Ah! Macduff, par mon père, encor vivant dans toi.

MACBETH. 83

Dont je veux suivre, un jour, la glorieuse trace, Par tes fils, qu'en pleurant tu quittas pour moi, grâce l Grâce !... Que Dieu nous juge !... Âh 1 par la sainte croix, Macduff, je ne suis pas le méchant que tu crois ; Ni les impurs désirs, ni le mensonge infâme, Nuls péchés n'ont terni la blancheur de mon âme. Hélas ! mon premier crime est ce môme soupçon Dont j'implore la grâce!... Oh! dis, quelle rançon. Exiges-tu pour rendre à ton roi ton estime?

Tu pleures... du pardon c'est le langage intime. Oui, tu m'as pardonné! — L'Angleterre, dis-tu, S'arme pour secourir mon destin abattu?...

Où sont tous ces guerriers, que je meure â leur tête, Ou que de mes États j'achève la conquête !

Tu seras mon seul guide, au conseil, dans les camps. Et si Dieu me rappelle au trône des Duncans, Gouvernant, par toi seul, les factions contraires, Tes vœux seront mes lois, tes fils seront mes frères. Et sur mon trône assis près de moi, tu verras S'il faut compter Malcolm au rang des rois ingrats I Pars! je te suis!

MACDUFF, en larmeg.

De tant d'émotions rapides, Laissez-moi respirer — et, sous mes mains avides, M' assurer de ce cœur que je méconnaissais...

On entend un cor.

Qu'entends-je ? N'est-ce pas le cor d'un Écossais? Silence... oui... quel avis funeste ou salutaire Nous vient-on apporter au fond de l'Angleterre ?

Lénox parait dans l'éloignement.

MALGOLU.

Macduff, un homme vient qui ne m'est pas connu.. Ah ! c'est Lénox.

M A CDU FF, aUant à lui.

Lénox, soyez le bienvenu !

84 OEUVRRS D'EMILE DËSGHAMPS.

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