SCÈNE II
LBS PRÉCÉDBNTS, LBS TROIS SORCIÈRBS.
LES TROIS SORCIÈRES, à Macbeth.
Arrête !
LA PREMIÈRE SORCIÈRE
l\eçois nos compliments avant ce qui s'apprête.
LA DEUXIÈME SORCIÈRE
N'es-tu pas Cawdor?... roi?... Nous n'avons point menti; Et notre zèle encor ne s'est point ralenti.
LA TROISIÈME SORCIÈRE
Rentre par la pensée en nos cavernes sombres, Macbeth, te souviens-tu de ce qu'ont dit les ombres? C'est l'instant d'y songer.
LA PREMIÈRE SOUGIÈRE.
Nos vœux, comme les tiens.
Jusqu'ici sont comblés.
LA DEUXIÈME SORCIÈRE
Le reste suivra.
LES TROIS SORCIÈRES
Tiens!
Elles lui montrent le fond du théâtre qui s'ourre, et elles disparaissent avec un rire infernal.
98 GEUVRES D'EMILE DESGHAMPS.
Le fond du théâtre s'étant ouvert, on aperçoit, à ganche, sar les dei^ nien plans, la citadelle de Dunsinane sur des rochers. — On voit la forêt s'avancer du fond à droite, c'est-à-dire des soldats anglais portant de hautes branches d'arbres qui les cachent complètement à Macbeth et au spectateur. — Macbeth, ses officiers, ses serviteurs reculent d'effroi à mesure que la forêt marche. ^ Tout s'enfuit — Macbeth reste seul devant la forêt, qui s'arrête enfin, mais en biais, de manière que la citadelle soit toii^'ours en vue.
MACBETH^ reculant pendant que la forêt s'avance.
Oh 1 Teffrayant spectacle 1 sorcières damnées! Je me sens tout à coup vieillir de vingt années!
Il tourne son glaive contre lui-même, comme pour se tuer, puis, le laissant retomber :
Pourquoi joûrais-je ainsi le vieux héros romain. En me donnant la mort avec ma propre main ?
Ah! tant que je verrai des vivants, mon épée A boire de leur sang sera mieux occupée.
Vaincu, trahi, je rôde autour de mon château ; Ils m'ont comme enchaîné tout en vie au poteau ; Mais je veux tout briser sous les fers que je traîne Et, comme l'ours captif, ensanglanter l'arène !
En ce moment Macdaff revient et aperçoit Macbeth qui lui tourne le dos.