UNE FÊTE
— « Eh bien? que tardez-vous tous les deux?... le cortège. Que de Soldats pressés un double rang protège, S'ébranle ; entendez- vous, des hauteurs du rempart. Tonner, à coups joyeux, le canon du départ?
J'entends la voix des chefs dont l'ordre se répète. Au bruit des sourds tambours et de l'aigre trompette; Et, comme aux jours de mort, les chevaux hennissant. Et sur le dur pavé leur fer retentissant; Puis, du peuple orageux, dont la mer se déploie. Les confuses clameurs, langage de sa joie; Et tout à coup, les sons des fifres et des cors Entretenant la paix de belliqueux accords.
Voyez étinceler ces lances et ces haches ; Ondoyer sous les vents l'albâtre des panaches, Gomme un champ de blés mûrs, que le précoce hiver De son manteau de neige aurait déjà couvert... Mais les flots de la foule, en s'approchant, augmentent: La ville est attentive, et tous les toits fermentent. Oh I voyez, avançant leurs beaux fronts éclairés. Que de femmes, là-bas, sur les balcons dorés! Des carrosses du roi l'on aperçoit le faîte.
Hâtez-vous, l'heure fuit, vous manquerez la fête.
— Allez; nous vous suivons...
Et toi, mon ange, et toi.
Par cet autre chemin si détourné, suis-moi !
Et, tandis que la fête, à grand bruit, les rassemble. Ainsi que deux oiseaux, envolons-nous ensemble Et savourons en paix ces bienheureux instants. Rapides oasis dans le désert du temps!
N'as-tu point des pensers de la couleur des roses? Parle, en marchant toujours; et dis-moi de ces choses Que tu n'as pas osé dire jusqu'à présent.
Ce massif de tilleuls, d'un voile complaisant.