‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 4)Chapitre 52 sur 164 · AU TOMBEAU DE PICHAT · texte numérisé non relu

AU TOMBEAU DE PICHAT

Ils avaient déposé dans la terre muette Ce corps que dévora son âme de poète ; Mais nous tous, ses amis, nous revînmes le soir. Près de ses restes froids, saintement nous asseoir ; Et nous jetions des vers à son ombre ravie, Comme au tombeau des rois, pour saluer leurs noms. Gémit, en longs échos, la douleur des canons. Quand soudain (c'était bien sa voix pendant la vie) Parvint à nous ce chant, tel que nous le donnons :

e O songes, confidents de TÉternel mystère.

Songes, doux messagers des astres à la terre, Apprenez à cette ange, hélas I manquant au ciel, Qu'au sein des purs esprits et du bonheur réel. Triste, je cherche encor ses fleurs, ses eaux limpides. Et le bruit de son rire et le bruit de ses pas. Et de son front voilé les modestes appas; Et que des beaux instants, près d'elle si rapides, Mon immortalité ne me console pas. » -

Et tous, levés ensemble, attentifs au prodige. Nous nous taisions. — Enfin : « mes amis, leur dis-je. Vous voyez bien (et certe, on ne peut démentir Cette voix que la tombe en s'ouvrant fait sortir). Quand on croit le poète occup'é d'un vain faste,

114 OEUVRES D*ÉIIILE DESCHAMPS.

Qu^on ne lui croît un cœur, des pensers et des yeax Que pour son nom, il tratne un mal silencieux, Et, trop jeune, s'éteint, brûlé d*un amour chaste, Qui survit à la mort et souflnre dans les cieux! »

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