LE ROI DE THULÉ
BALLADE {Poésie allemande. — aatTBs)
Il fut à Thulé, dit Thistoire,
Un roi tendre et fidèle encor.
Sa maîtresse, en mourant, pourboire,
Lui fit don d'une coupe d'or.
Rien n'avait pour lui tant de charmes, A son couvert, à son chevet; Ses yeux se remplissaient de larmes Toutes les fois qu'il y buvait.
Et, quand l'écuyér sombre en croupe Vint le prendre, à son héritier Il laissa son royaume entier, Mais non,' certes, sa belle coupe.
Il siégeait au royal gala Sous la grande salle gothique, ' bans son château sur la Baltique; Tous ses chevaliers étaient là.
Mort dans son cœur, le vieux convive Réchauffa sa force, en buvant; Et sur la mer, loin de la rive, Jeta sa chère coupe au vent.
Il la vit tomber, s'emplir toute.
Et disparaître en moins de rien ;
Puis, fermant les yeux, dit: « C'est bien I»
Et plus onc ne but une goutte.
A MIGNON. U:i