A MON AMI EDOUARD GOUT-DESMARTRES
Votre cœur est à peine en sa verte saison; Le monde vous appelle en ses routes fleuries; Les Muses sur leur sein bercent vos rêveries. Et les Grâces, là-bas, dansent sur le gazon.
Richement déployé, comme un double horizon, Des temples d'un côté, de l'autre des prairies, L'avenir s'ouvre à vous, — nos âmes attendries Soupirent vos soupirs, chantent votre chanson.
Oh I savourez-la bien cette manne choisie,
Ami, fêtez l'amour, fêtez la poésie,
Tandis que vous avez la jeunesse et la voix ;
Aimez, chantez, riez ! le mal vient à son heure; Et je vous dis cela, comme, avant qu'il ne meure, Un vieil oiseau blessé prêche encor dans les bois.
A ÉVARISTE BOULAT-PATI
Oui, noble sort de voir l'ami dans le poète I L'amitié quelquefois est de la gloire aussi; Ton luth, d'un seul accord, nous réalise ainsi Ce que rêve l'orgueil, ce que le cœur souhaite*
Il couvre d'un laurier notre vie inquiète, Perce. d'étoiles d'or notre ciel obscurci; Et, nous tenant charmés loin d'un monde endurci. Dit : « C'est le rossignol et non pas l'alouette! »
Oh! chante encor! — Tes chants consoleraient l'enfer. Transformés à ta voix, ses lourds piliers de fer S'arrondiraient d'eux-même en colonnes attiques.
Je croîs presque à mon nom dans tes rhythmes vanté; Et mon frère, aspirant tes baumes poétiques, A senti de son mal fléchir la dureté !