C'EST A MON TOUR
Renvoyais dans l'histoire ancienne
Parfait amour...
Ma main a rencontré la tienne :
C'est à mon tour I
D'amour n'ayant connu les chaînes,
N'avais tourments; Toujours gai, riais de vos peines,
Pauvres amants!
 présent si, loin de tes charmes,
Perds un seul jour.
Le cœur gros, les yeux pleins de larmes.
C'est à mon touri
Mais ton sourire, une parole
Que tu me dis.
Et me voilà, ma belle idole.
Au paradis I Je n'ai souci du roi lui-même
Ni de sa cour:
A moi gloire et bonheur suprême.
C'est à mon tourI
Ne voudrais d'un si doux servage
Jamais sortir...
Et, quand pour le sombre rivage
Faudra partir...
Si ta main presse encor la mienne
Avec amour...
« Ah l pourquoi, dirai-je en grand'peine,
Est-ce à mon tourI!... »
160 OEUVRES D'EMILE DESGHAMPS.
MISGELLÀNÉES
La poésie, hélas! n'est rien par elle-même, Tant que d'an cœur, touché de la grâce suprême. Elle n'éveille point le sympathique amour ; C'est Galatée ouvrant ses yeux de marbre au jour; Pour qu'elle vive, il faut qu'on l'aime I
Bourges, où j'ai connu le sourire et le jour. De mes tout premiers ans û maternel séjour.
Je fus loin de ton sein jeté par une trombe.
Enfant déraciné comme un frêle roseau.
Mais, n'importe où le sort doit élever ma tombe 9 Ma dernière pensée ira vers mon berceau.
Un avare portait ses souliers à la main
Dans ses excursions champêtres.
Un jour qu'il eût fallu des bottes ou des guêtres. Tant ronces et cailloux hérissaient le chemin,
Ce va-nu-pieds des plus ingambes Se déchira si fort et les pieds et les jambes.
Qu'ils n'avaient plus l'aspect humain.
Ahl ahl s'écria-t-il, en se moquant des autres.
Si cependant, messieurs les beaux, Tavais mis mes souliers, ils seraient en lambeaux
Et tout troués commes les vôtres I
Vous avez des douleurs, nous avons tous les nôtres, Madame; c'est le sort des enfants d'Eve; mais. Vos yeux souffrants ce soir ne vous feront jamais Tant de mal qu'ils en font aux autres I
MISGELLANÉES. 101
Un ami du progrès et de rhumanité, Un grand savant nous dit comme il faut qu*on opère Pour avoir des enfants d*esprit à volonté...
C'est grand dommage , en vérité , Qu'il n'ait pas enseigné son secret à son père I
Les plus aimables fleurs, sous d'agrestes berceaux, Fleurissent chastement, loin de la multitude;
Les plus mélodieux oiseaux Chantent dans la nuit calme et dans la solitude.
Pourra-t-on s'étonner qu'une sainte langueur Vous fasse rechercher l'ombre des monastères Pour répandre, dans leurs mystères.
Les parfums et les chants qui sont dans votre cœuri
Cet ouvrage en natte, humble écrin...
Voilà, sous sa triple muraille, Madame, comme en son chagrin, Un pauvre prisonnier travaille.
Ahl si tous vos captifs tressaient ainsi la paille, La {^ille deviendrait plus chère que le grain!
Un bal de charité I de la chaumière au trône.
Ces deux mots vont frapper aux cœurs, et les saisir!
Ce n'est point profaner l'aumône ,
C'est sanctifier le plaisir.
D^une main elle chante et de l'autre elle tonne; Elle a ce qui nous charme et ce qui nous étonne. Telle est sur le clavier sa double mission :
Tantôt c'est l'incendie et tantôt l'étincelle ,
162 GEUVRëS D'EMILE DESGHAMPS.
Et l'on dirait une gazelle Ayant la force d'an lion.
Le paraplaie, ami fidèle, ami nouveau, Ne suit pas le commun usage :
Il demeure à Técart du moment quMl fait beau, ' Pour se montrer aux jours d'orage.
Anna vit; mais, si Ton Insiste Pour deux témoins suivant la loi, Voilà sa mère et voici moi :
Nous existons, donc elle existe 1
Quoi! Narcisse est mort aujourd'hui!.
Une grande perte... pour lui!
Tes grâces, ton esprit, tout est beau, tout est neuf, Tout est divin... aussi je n'en veux rien rabattre. Les Grâces étaient trois, les Muses étaient neuf... ^ Tu chantes, tu souris; elles sont dix et quatre!
Quand les divinités entraient dans les cabanes (La fable nous l'apprend et j'y crois un peu tard). En adorations on voyait les profanes.
Et tout prenait un air de temple et de nectar. Pour vous aider, Madame, à nous venir encore. Supposez nos lambris quelque temple enchanté, Supposez le nectar en buvant notre thé...
Mais ne supposez pas surtout qu'on vous adore 1
MISCëLLÀNÉES. 163
Chaque heure, loin de vous, Marie, est languissante, Vos bouquets vont donner un charme à nos douleurs ; Et nous regarderons souvent ces belles fleurs. Pour que vous soyez moins absente.
En ce bas monde il n'est complète chose; Les mieux pourvus ont, au plus, demi-dose.
Du bel oiseau qui poésie a nom, Aucuns ont-ils tous les attributs? non.
Si troubadour» en prirent le ramage.
Trouvères donc en eurent le plumage; £t dans son cœur puisent bardes bretons.
Moins curieux de couleurs et de tons.
N'allez guère en voiture et ne dormez point tard, Nous disait Dupuytren; c'est Thygiène entière; Tout lit est plus ou moins une espèce de bière, Toute voiture un corbillard.
« £almez-vous, dit Tronchin prêt à quitter la scène, Cher confrère, par tous les saints I
Je laisse après ma mort deux fameux médecins, Qui? — La diète et Peau de la Seine. »
Depuis dix ans, aux mois de la neige ou des fleurs , Je pleure et brûle pour ma dame ,
Sans que mes feux, hélas I aient pu tarir mes pleurs. Ni mes pleurs éteindre ma flamme.
Ci-gît Isabella. — Passants de toute sorte.
Reposez-vous sans peur sur ce gazon pieux ;
Idi OEUVRES D'ÉMILÊ DESCHAMPS.
Elle n^a point péri d'an mal contagieux ;
Lisez : « C'est de constance en amour qu'elle est morte. »
La douleur véritable et le vrai dénûment Échappent aux regards des hommes , dit TApôtre; Une pudeur d'instinct recouvre également Les blessures de Tune et les haillons de Tautre.
On s^attend à tout, eh bieni On ne se prépare à rien.
Le sage, en tous lieux, se défend De ce qui premier rire ou premiers pleurs se nomme; Le crocodile sait pleurer comme un enfant;
Et Thyène rit comme un homme.
Les astres calmes pour témoins,
Une vague disait à l'autre ^ « Quelle course rapide, hélas! est donc la nôtre! » Et la troisième dit : « Vivre peu, souffrir moins. »
La vie — il faut le savoir — N^a pas assez de biens dans toutes ses richesses. Pour nous dédommager, bourgeoises ou duchesses.
De l'oubli d'un seul devoir.
Parler bas, ce n'est rien qu'un petit bruit qui passe; Or, écrire au crayon, c'est parler à voix basse.
Souffrez qu'à huis clos je m'en ouvre :
La médecine , c'est un art Qu'on exerce de toute part, En attendant qu'on le découvre.
MISCELLANÉES. i65
Quelqu'un, charmante Anna, qui croit bien s'y connaître, Disait, en me voyant passer de sa fenêtre, Que je ne suis pas fier, ni content... à demi.
Pourquoi non?... j'ai la chance d'être
Votre cousin et votre ami.
L'homme très-souvent sacrifie, — Même le plus spirituel, — La vie au moment actuel.
L'éternité même à la vie.
Grands esprits et grands cœurs, les poètes, les sages, Si pareils de fortune , et de traits si divers ,
Sont les proscrits de tous les âges,
Les exilés de l'univers.
Le mal, pour ces hommes d'élite.
Est l'éternel cosmopolite.
Mais ne seraient-ils pas d'eux-mêmes par trop vains, Sans le fiel que leur lèvre incessamment déguste? Vertu, génie, ils ont tous les trésors divins... Les autres ont les biens de la terre... c'est juste l
Les miséricordes divines Gardent les roses sans épines .Du printemps éternel... à ceux Qui , sur la terre , peu chanceux, N'ayant que le revers des choses.
Cueillent les épines sans roses.
166 OEUVRES D'ÉMILB DBSGHÂMPS.