‹ Œuvres complètes de Emile Deschamps (volume 5)Chapitre 153 sur 159 · ANGÉLIQUE, GEORGE DANDIN, CLAUDINE, COLIN · texte numérisé non relu

ANGÉLIQUE, GEORGE DANDIN, CLAUDINE, COLIN

M. DE SOTTENVILLE.

Allons, venez ma fille.

Et que votre mari vous demande pardon.

ANGÉLIQUE

Qui moi I lui pardonner? Non, je n'ai pas le don De la clémence au point d'excuser cet outrage. Je suis, mon père, à bout de force et de courage, Et si je viens à vous, c'est pour me séparer D'un mari près duquel je ne puis plus durer.

CLAUDINE

Le moyen d'y tenir?

M. DE SOTTENVILLE.

L'union conjugale N'est pas cbose à briser sans quelque grand scandale. Ma fille, et vous devez, m'ayant là pour appui. Vous faire voir plus noble et plus sage que lui ! Et prendre, cette fois encore, patience.

ANGÉLIQUE

Comment patienter quand on a conscience De tant d'indignité et d'un faux repentir?

C'est un supplice à quoi je ne puis consentir.

M. DE SOTTENVILLE.

Il le faut, mon enfant, c'est moi qui vous l'ordonne.

GEORGE DANDIN. 333

ANGÉLIQUE

Vous me fermez la bouche avec ce mot. — Personne D'un père autant que moi n'adore le pouvoir.

CLAUDINE

Quelle douceur!

ANGÉLIQUE

C'est bien un rigoureux devoir Qui force d'oublier de semblables injures; Mais de mon cœur blessé quels que soient les murmures. Mon père, voqs parlez, c'est à moi d'obéir.

CLAUDINE

Pauvre mouton!

M. DE SOTTENYILLE, à Angélique.

GEORGE DANDIN, è part

Que ne puis-je m'enfuir!

ANGÉLIQUE

Tout ce que vous voulez que je fasse ou j'obtienne Ne servira de rien; et qu'il vous en souvienne. Ce sera, dès demain, chose à recommencer.

H. DE SOTTENVILLE.

Nous y donnerons ordre.

A George DandiOé

Et VOUS, sans balancer, Mettez-vous à genoux.

GEORGE DANDIN

 genoux!

M. DE SOTTENVILLE.

Veut-on rire?

A genoux, corbleu !

GEORGE DANDIN, à genoux, sa chandelle h la main. A pdrt.

Ciel ! ô ciel !

A M. de Sottenville.

Que faut-il dire?

M. DE SOTTENVILLE.

a Madame, veuillez bien pardonner, excuser.

GEORGE DANDIN, répétant.

( Madame, veuillez bien pardonner, excuser.)

M. DE SOTTENVILLE.

a La sottise que j'ai faite...

GEORGE DANDIN, répétant.

[La sottise que j'ai faite.) ^

A part.

De t'épouser.

M. DE SOTTENVILLE.

ff Je jure, à l'avenir de mieux faire et mieux vivre. »

GEORGE DANDIN, répétant.

{Je jure, à P avenir de mieux faire et mieux vivre.)

M. DE SOTTENVILLE, & George Dandin.

Prenez-y garde au moins, à jeun aussi bien qu'ivre. C'est là le dernier tort que nous vous souffrirons.

MADAME DE SOTTENVILLE.

Jour de dieu I s'il fallait subir d'autres affronts Venant de vous encore, on pourrait vous apprendre Rudement le respect que vous devez, mon gendre, A votre femme ainsi qu'à ceux dont elle sort.

M. DE SOTTENVILLE, à George Dandia.

Le jour revient. Rentrez, et, bénissant le sort^ Songez enfin, mon gendre, à devenir plus sage.

A M*"* de SotteuTille.

Et nous, m'amour, allons nous mettre au lit.

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