‹ Œuvres complètes de Emile Deschamps (volume 5)Chapitre 154 sur 159 · HOMMAGE A SES ÉDITEURS · texte numérisé non relu

HOMMAGE A SES ÉDITEURS

Lu en séance publique de la Société des Sciences morales,

des Lettres et des Arts de Seine -et- Oise,

à Versailles, le 29 noyembre 1872.

LES OEDVRES

D'EMILE DESGHAMPS

HaMMAGE A SES ÉDITEURS i

Au nom des esprits fins, délicats et lettrés.

Au nom des plus obscurs, au nom des mieux titrés,

Au nom du goût suprême et des grâces décentes.

Des Muses d-autrefois et des Muses récentes,

Gloire à vous, de Deschamps généreux héritiers I

Ses travaux, par vos soins, revivent tout entiers.

De sa bonne nouvelle intelligents apôtres.

Vous, ses dignes neveux, vous transmettez aux nôtres

Les précieux trésors dont nous aurait frustrés

L'auteur insoucieux de vers trop peu montrés.

Le discret rossignol qui jetait ses préludes.

Sans échos, sans témoins, aux sourdes solitudes.

Vous dressez au poète un juste monument.

Ses vers, dans maints .recueils dispersés humblement.

Sous une cendre morte enfouissaient sa gloire.

Les voici pour toujours livrés à la mémoire.

Dans son isolement, bluette loin des yeux.

L'étincelle reprend son éclat sous les cieux.

Et la plus belle part de l'homme qu'on regrette

Va briller sur sa tombe en lumineuse aigrette.

Et vous, doctes gémeaux, sage dualité.

Balance de verdeur et de maturité ;

Vous, formés tout exprès pour entreprendre et suivre

Dans ses labeurs divers Téclosion d'un livre ;

Tous deux marqués du sceau poétique et viril,

Mais l'un à son automne et l'autre à son avril,

1. Cette poésie est adressée à M. Labbé, neveu par alliance d'Emile Deschamps, et à MM. Alexandre Cosnard et Achille Taph^nel, amis du poëte.

3i0 OEUVRES D'EMILE DESGHAMPS.

Qu'un dévoûment commun entraîne à vous commettre. Épluchant tour à tour page, ligne, mot, lettre. Épiant la coquille et guettant le bourdon.

Péchés de typographes indignes de pardon, Bourreaux par qui l'auteur est souvent sur la claie, Et que vous saviez fuir sous les presses de Claye. Mais vous lisiez Deschamps, heureuse indemnité ! — Pour ce soin, pour ce prix doublement mérité. Deschamps vous eût triés dans son autre famille De disciples, d'amis, dont la France fourmille.

Éditeurs ses parents, éditeurs ses amis.

Ce livre dans les mains, l'orgueil vous est permis.

Sur le rayon d'honneur, dans nos bibliothèques.

Non loin des œuvres d'art ou latines ou grecques,

— 11 a leur atticisme.et leur urbanité —

Il cohabitera sans trop d'humilité.

Pas un bibliophile ouvrant son tabernacle

Qui ne cherchât Deschamps parmi ceux du cénacle;

Deschamps manquait toujours : il est isnfin venu.

Sa;inte-Beuve, Gautier, Hugo l'ont reconnu,

Se serrent, lui font place, et la même tablette

Porte du romantisme une élite complète.

Va donc. Livre charmant, va, dans ton large essor, De la France lettrée enrichir le trésor.

C'est à vos yeux surtout qu'il doit briller, en somme, Jeunes Parnassiens, puisqu'ainsi l'on vous nomme. Deschamps fut votre oracle, il fut votre patron ; Vous aviez pour berceau ce paternel giron.

Que j'en ai vu venir qui, d'une voix discrète. Invoquaient, pleins d'espoir, le conseiller-poëte ! Un parrain obligeant leur ouvrait le chemin; Ils venaient s'essayer, l'œuvre nouvelle en main, Et c'était chaque jour quelque naissant artiste Qui visitait, pieux, cet autre Jean -Baptiste. Aux vers du débutant son oreille s'ouvrait, Sympathique, attentive, accueillant chaque trait. Trouvant, n'en fût-il pas, dans le moindre grimoire, A louer quelque vers qu'il citait de mémoire.

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