‹ Œuvres complètes de Emile Deschamps (volume 5)Chapitre 155 sur 159 · HOMMAGE A SES ÉDITEURS · texte numérisé non relu

HOMMAGE A SES ÉDITEURS

Le scandant, et dans Tart de son charmant débit, Noyant d'un mot risqué le piteux acabit.

L'enfant jugeait ses vers sur ce chant de sirène. Se sentait baptisé poète, et dans l'arène, Il croyait, s'élançant au nombre des élus, Donner à la pléiade une étoile de plus.

Mais comme aussi l'oracle, ouvrant tous ses arcanes, Mêlant à ses bravos ses utiles chicanes, Se donnait tout entier, de cœur et de cerveau, Aux vers qui promettaient un poète nouveau!

De ce maître si cher, vous studieux disciples, Pour de nouveaux conseils, dans des pages multiples. Deschamps vous est rendu : qu'il soit lu constamment. Un livre est une voix pour l'âme, un testament Où, comme en un trésor d'instructions plus amples, Aux leçons du vivant le mort joint ses exemples.

Lisez, et qu'à l'auteur votre justice en deuil, En dépit des quarante, adjuge le fauteuil.

En vain cette œuvre comble une immense lacune. Les Lettres garderont une, immense rancune Au palais Mazarin, où sont tant d'immortels Qui doivent à Deschamps d'être devenus tels.

Et qui, simples reflets de sa propre lumière, Hissés par son épaule à la place première.

L'astreignaient, sur un seuil profané trop souvent. Aux offices mineurs d'un portier de couvent.

Il renaît, l'avenir cassera leur sentence.

Le suffrage public sera leur pénitence.

C'est pour nous, Versaillais, qu'il subit cet aff'ront. Paris n'a jamais trop de perles sur le front; Cet astre absorbe en lui tout ce qui l'environne* Emile, dès longtemps, manquait à sa couronne : Au retour du prodigue on offrit le veau gras. Qu'il revînt, le fauteuil lui tendait ses deux bras. Il fut sourd. Fier de soi, par une complaisance. Pouvait-il faire aveu public d'insuffisance?

Il nous fésta. Ce fut Thonneur de nos salons,

Que lui, l'homme brillant que nous nous rappelons,

Modèle du bien dire et des belles manières,

Lui qui des novateurs tint si haut les bannières;

Lui qui, par tant de vers pris pour juge ou témoin.

Les lisait, envoyés de si haut, de si loin,

Qui, consulté toujours, toujours à la riposte,

Sans émousser sa plume eût fatigué la poste.

Lui, par les beaux esprits bel esprit courtisé,

Ne se crut parmi nous jamais dépaysé.

Réglant sur nous son pas, il entra dans nos voies;

Il prit part à nos mœurs, à nos pleurs, à nos joies;

L'air que nous respirons fut son cher élément ;

De tout cercle il était la fête et l'ornement.

Il épancha sur nous ses dons de poésie,

Et conquit dans nos murs ses droits de bourgeoisie.

Cœur toujours bienveillant, esprit toujours égal.

Regard, vojx, geste, en lui tout était madrigal.

Son nom par l'enfant pauvre est béni dès la crèche ;

Au sermon pastoral il ajoutait son prêche;

Et ses vers qu'avec joie on venait écouter.

Faisaient battre les cœurs et. les bourses tinter.

Pour bal de charité, patriotique fête.

Pour un deuil paternel, sa lyre, toujours prête,

Sur le mode assorti savait se réveiller.

Il est bien nôtre : aussi, Versailles, l'oreiller Qu'avait choisi son front pour achever de vivre, Voudra le voir souvent renaître dans son Livre, Livre pour tout pupitre enviable décor.

Et que, vingt fois relu, nous voudrons lire encor.

A. MONTALANT-BODGLEDX '.

1. Littérateur tràs-distingué, officier sous le premier empire, mort à Versailles, peu de temps après M. Emile Deschamps.

DBS

OUVRAGES D'EMILE DESGHAMPS.

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