SCÈNE PREMIÈRE
Un salon de campagne. — A droite, un cabinet. — Sur le devant, une table couverte de livres et de papiers, avec une écritoire.
Entrent GERVAL FILS, et CLAIRE.
GLAIRE
C'est VOUS, monsieur, qu'ici Ton m'a prescrit d'attendre?
GERVAL FILS.
Oui, Claire, et ce bonheur je n'osais y prétendre. Voici ton protégé ! — Quel changement soudain î — Mais, personne au salon, ni personne au jardin I... C'est donc là le séjour que Juliette habite!
Va, cours, vole à son oncle annoncer ma visite.
GLAIRE
Tous les deux sont sortis.
GERVAL FILS.
A neuf heures du soir!
Lorsque monsieur Lormon consentait à me voir!
GLAIRE
.il a couru d^Âuteuil à Paris, pour affaire
Qui presse, et que jamais, dit-il, on ne diffère.
Sa chère Juliette est du voyage ; mais
Ils ne tarderont pas, monsieur, je vous promets.
GERVAL FILS.
Où cet oncle, si tard, s'en va-t-il, à son âge?
GLAIRE
Ahl dame, ils sont allés voir un grand personnage.
GERYAL FILS.
Qui donc?
GLAIRE
Un étranger.
GERYAL FILS.
Achève promptement.
GLAIRE
Un vieux guerrier.
GERYAL FILS.
Son nom?
GLAIRE
PMlopœmen,
GERYAL FILS.
Comment! • Philopœmen ! Eh ! mais, qu'est-ce ? une tragédie ?
GLAIRE
En cinq actes, monsieur.
GERYAL FILS.
Bon! — Quelque rapsodie Qu'on exhume aiuc Français / — Ah î
GLAIRE, regardant la pendule.
On est en chemin Pour revenir.
GERYAL FILS.
Crois-tu? — Le parterre inhumain Souvent à Faction mettant lui-même obstacle.
Par un aigre concert allonge le spectacle!
GLAIRE
Fi, monsieur ! Pour l'auteur nous n*avons nul effroi.
GERYAL FILS.
Ah ! vous ne craignez point?
GLAIRE
Personne, que je croî, Ne fat aussi prôné. Surtout mademoiselle En parle avec un feu! « Glaire, me disait-elle, Que ce début promet de succès éclatants I L'auteur qu'on va jiiger... il n'a que dix-sept ans! Le même âge que moi 1 »
GERVAL FILS.
Dix-sept ans I .
GLAIRE
Oui, vous dis-je.
Tout Paris, alléché par ce nouveau prodige.
De l'œuvre adolescente aspirait la saveur.
GERVAL FILS.
Et son tour est venu ?
GLAIRE
C'est un tour de faveur.
GERVAL FILS.
Quel conte !
GLAIRE
Expliquez-moi d'où vient que ma maîtresse, En parlant de l'auteur à qui tout s'intéresse Et dont le nom pour tous est encore un secret, Regarde avec transport... vous savez quel portrait?
GERVAL FILS.
Le mien... mais...
GLAIRE
Seriez- VOUS cet auteur, qui fait rage?
GERVAL FILS.
Je n'en ai le talent. Glaire, ni le courage.
Je ne suis qu'un soldat. Puis, dix-sept ans ! c'est peu.
Tu vois bien...
GLAIRE
Et les mois de nourrice? — Mon Dieul Je sais faire la part de tous les bruits de ville.
GLAIRE
Ahl dame, ils sont allés voir un grand personnage.
GERVAL FILS.
Qui donc?
GLAIRE
Un étranger.
GERVAL FILS.
Achève promptement.
GLAIRE
Un vieux guerrier.
GERVAL FILS.
Son nom?
GLAIRE
Philopœmen,
GERVAL FILS.
Comment! • PhilopœmenI Eh! mais, qu'est-ce? une tragédie?
GLAIRE
En cinq actes, monsieur.
Bon! — Quelque rapsodie Qu'on exhume aiuc Français / — Ah I
GLAIRE, regardant la pendule.
On est en chemin Pour revenir.
GERVAL FILS.
Crois-tu? — Le parterre inhumain Souvent à l'action mettant lui-même obstacle, Par un aigre concert allonge le spectacle!
GLAIRE
Fi, monsieur ! Pour l'auteur nous n'avons nul effroi.
GERVAL FILS.
Ah ! vous ne craignez point?
GLAIRE
Personne, que je croî, Ne fut aussi prôné. Surtout mademoiselle En parle avec un feu ! a Glaire, me disait-elle, Que ce début promet de succès éclatants !
L'auteur qu'on va juger... il n'a que dix-sept ans I Le même âge que moi I »
GERVAL FILS.
Dix-sept ans I .
GLAIRE
Oui, vous dis-je.
Tout Paris, alléché par ce nouveau prodige.
De l'œuvre adolescente aspirait la saveur.
Et son tour est venu ?
GLAIRE
C'est un tour de faveur.
GERVAL FILS.
Quel conte !
GLAIRE
Expliquez-moi d'où vient que ma maîtresse, En parlant de l'auteur à qui tout s'intéresse Et dont le nom pour tous est encore un secret. Regarde avec transport... vous savez quel portrait?
GERVAL FILS.
Le mien... mais...
GLAIRE
Seriez-vouscet auteur, qui fait rage?
GERVAL FILS.
Je n'en ai le talent, Glaire, ni le courage.
Je ne suis qu'un soldat. Puis, dix-sept ans I c'est peu.
Tu vois bien...
GLAIRE
Et les mois de nourrice? — Mon Dieul Je sais faire la part de tous les bruits de ville.
4 OEUVRES D*ÉMILE DESGHAMPS.
GLAIRE
Ah! dame, ils sont allés voir un grand personnage.
GERVAL FILS.
Qui donc?
CLAIRE
Un étranger.
GERVAL FILS.
Achève promptement.
GLAIRE
Un vieux guerrier.
GERVAL FILS.
Son nom?
GLAIRE
Philopœmen,
GERVAL FILS.
Comment! ' Philopœmen! Eh! mais, qu'est-ce? une tragédie?
GLAIRE
En cinq actes, monsieur.
GERVAL FILS.
lion! — Quelque rapsodie Qu'on exhume aicx Français .' — Ah î
GLAIRE, regardant la pendule.
On est en chemin Pour revenir.
Crois-tu? — Le parterre inhumain Souvent à Taction mettant lui-même obstacle, Par un aigre concert allonge le spectacle!
GLAIRE
Fi, monsieur ! Pour Fauteur nous n'avons nul effroi.
GERVAL FILS.
Ah ! VOUS ne craignez point?
GLAIRE
Personne, que je croî, Ne fut aussi prôné. Surtout mademoiselle En parle avec un feu! a Glaire, me disait-elle, Que ce début promet de succès éclatants I L'auteur qu'on va jiiger... il n'a que dix-sept ansi Le même âge que moi l »
GERVAL FILS.
Dix-sept ans ! .
GLAIRE
Oui, vous dis-je.
Tout Paris, alléché par ce nouveau prodige.
De l'œuvre adolescente aspirait la saveur.
GERVAL FILS.
Et son tour est venu ?
GLAIRE
C'est un tour de faveur.
Quel conte !
GLAIRE
Expliquez-moi d'où vient que ma maîtresse, En parlant de l'auteur à qui tout s'intéresse Et dont le nom pour tous est encore un secret. Regarde avec transport... vous savez quel portrait?
GERVAL FILS.
Le mien... mais...
GLAIRE
Seriez-vouscet auteur, qui fait rage?
GERVAL FILS.
Je n'en ai le talent, Glaire, ni le courage.
Je ne suis qu'un soldat. Puis, dix-sept ans I c'est peu.
Tu vois bien...
GLAIRE
Et les mois de nourrice? — Mon Dieul Je sais faire la part de tous les bruits de ville.
6 OEUVRES D*ÉMILE DESGHAMPS.
Reste toujours un jeune auteur, monsieur Dorville, Et vous pouviez très-bien être accusé du fait. Or maintenant, voyons : êtes-vous, en effet, L'époux que peut un jour choisir notre héritière. Bien né, riche, constant?...
Elle a mon âme entière; Cet hiver, dans le monde, où brillaient ses appas, Sans oser lui parler j'ai suivi tous ses pas. J'ai senti qu'à son oncle il fallait d'abord plaire. Mon père est son ami d'enfance; pourtant, Claire, Un procès les divise après vingt ans, au moins. De quelque ami commun je cherchais les bons soins Pour qu'il me présentât et pût m'obtcnîr grâce. Quand l'hiver a fini, j'ai bien gardé la trace; Mon père., lui, me croit voyageant loin d'ici, Mais vous aimez Auteuil, et j'habite Passy.
GLAIRE
C'est véritablement toute une pastorale!
GERVAL FILS.
Enfin (et je n'ai plus à craindre la morale). Je suis sorti du doute où flottait mon esprit; Au bon monsieur Lormon j'ai ce matin écrit; Dans sa villa, ce soir, il me donne audience, J'arrive, plein de trouble et plein d'impatience^ Résolu, sans détour, d'exposer à ses yeux Mon secret, mon espoir... quand ton drame odieux L'entraîne... Quel caprice ou quel tort sans excuse!
GLAIRE
En attendant, monsieur n'épargnait pas la ruse : Il voulait, comme un peintre, en ces lieux être admis. Par moi-même informé que la nièce a promis De ses traits à son oncle une fidèle image.
Vous ofiTrez vos pinceaux pour ce discret hommage, Et comme échantillon, artiste complaisant, Sans vous être fait voir ici, jusqu'à présent, Vous faites parvenir aux mains de ma maîtresse Votre portrait!... Ce tour ne manque pas d'adresse.
LE TOUR DE FAVEUR. ï
Il produit son effet, d'abord, pour la façon;
C'est un joli portrait, puis un joli garçon.
Juliette rougit, et le garde près d'elle.
Mais vous, comment, au bas, pour le nom du modèle.
Mettre Gerval^ au lieu de Dorville? Ah! c'est mal!
GERYAL FILS.
Dorville est un faux nom, mon vrai nom est Gerval. C'est à Gerval que l'oncle...
GLAIRE
Et je m'y laissais prendre !
Vous me trompiez aussi I
GERVAL FILS.
Ne va pas me le rendre?
Je déroutais mon père avec cet autre nom.
La nièce a-t-elle appris ma visite?
GLAIRE
Elle? non.
Je l'aurais su bientôt, nos têtes n'en font qu'une. Je devrais vous gronder, mais je vous tiens rancune; Vous avez un rival que j'aperçois venir, Et je laisse à monsieur le soin de vous punir.
Elle sort.