‹ Œuvres complètes de Emile Deschamps (volume 5)Chapitre 3 sur 159 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

GERVAL FILS, YERDBLIN.

VERDELIN

De VOUS punir, monsieur 1 et de quoi?... Quelque ouvrage Qui du public malin n'obtient pas le suffrage.. • Aux amis de Lormon je sais me dévouer.

Mon métier ne me plaît qu'autant qu'il faut louer.

GERVAL FILS, à part.

Quel métier?... A l'ennui faut-il qu'on se résigne?

Haut.

A qui donc ai-je ici, monsieur, l'honneur insigne...?

8 OEUVRES D'EMILE DESCHÂMPS.

VERDËLIN.

Maïs, je suis un critique assez sûr, expert; bref, Vous voyez d'un journal le rédacteur en chef. Allons, de vos soucis contez-moi le mystère ; Je fus de tels secrets souvent dépositaire ; Et, tenez, le plaisir me dispose aujourd'hui A prêter au talent un favorable appui.

GERVAL FILS.

Monsieur, je ne mets point mon nom dans les gazettes.

VERDELIN

De la gloire pour vous les cent voix sont muettes?

GERVAL FILS.

11 se peut que ce nom, sans que je sois auteur, Ait été consigné dans quelque Moniteur; Mais, monsieur, votre gloire est bien moins occupée Depuis l'heure où la France a déposé l'épée.

VERDELIN

Ahl mil huit cent dix-neuf n'est pas mil huit cent dix! J'ai passé, dans le bois, un jour de paradis : Beau temps, chevaux fringants, joyeuse compagnie. Autour d'un fin dîner, sans gêne réunie...

Eh I qui n'est indulgent après un tel gala?... Mais, notre cher Lormon, c'est sa fête... et voilà Que j'accours le chanter ! Brave ami, qui s'obstine Au classique; sa nièce, au romantique incline... Pour qui monsieur tient-il?

GERVAL FILS.

Moi? Pour le beau, le vrai, Le naturel, n'importe où je le trouverai.

VERDELIN

J'entends, et vous trouvez, du goût bravant l'empire, Du génie à Schiller et peut-être à Shakspeare !

GERVAL FILS.

Oui, monsieur; de l'Europe en courant les cités, Nous avons vu partout leurs drames récités;

Ils pourraient de notre art renouveler les fêtes, Et je n'y verrais pas nos moins belles conquêtes.

YERDELIN.

Vrai? Je suis plus que vous, monsieur, de votre avis; Et si de tels conseils étaient déjà suivis.

Le théâtre serait moins malade. Oui, j'estime QuMl n'est qu'un seul chemin pour sortir de Tabîme. Voulez-vous rendre à l'art l'âme et le mouvement? Brisez vos unités : voilà mon sentiment.

GERYAL FILS.

Et vous le publiez?

VERDELIN

Non pas, je m'en dispense.

Dans mon journal, ainsi dit-on ce que l'on pense? Je ne suis pas toujours de mon opinion.

Du classique attaqué j'y suis le champion. Avant moi j'ai trouvé la couleur établie.

J'ai dû la renforcer. Mais enfin, c'est folie Qu'espérer un chef-d'œuvre avec nos préjugés. Et ne voyez-vous point pâlir, découragés, • Nos auteurs qu'on attache aux règles d'Aristote? Règles qu'il ne fit point, car ce siècle radote. N'est-ce pas du bon sens blesser les simples lois, Pour plaire à je ne sais quels vieux pédants gaulois, Qu'enfermer l'action dans les mêmes demeures. Que d'y précipiter les faits en vingt-quatre heures ? Avec vos unités de salon, de cadran, Vous n'aurez rien de neuf, rien de fort, rien de grand I

GERVAL FILS.

Tandis qu'ici, monsieur, la chaleur romantique Vous pousse, un drame grec, de son cothurne antique Aborde vaillamment la rampe des Français.

[VERDELIN

Ce soir?

GERVAL FILS.

Philopœmen!

TERDELIN.

Et moi qui m^amusaîs!...

Quoi ! ce précoce fruit d'une naissante muse, Dont on parlait encor d'une façon confuse, Qu'à peine on annonça deux mois incessamment. Et dont le jour encor ne fut précisément Désigné que dix fois?

GERVAL FILS.

Oui ! ^ Gela vous afQige?

YERDELIN.

Gomment diable I Et je crois que mon devoir m'oblige A soumettre la pièce au plus mûr examen ; Que j'en dois au public un compte exact, demain!... Quel oubli!... dont il faut pourtant que je me tire!

GEIRVAL FILS.

Monsieur, je n'en empêche.

YERDELIN.

Eh! sans doute! A. vrai dire, Pour juger un auteur faut-il donc l'écouter?

Voir sa pièce? Du tout. On se laisse emporter, Influencer, corrompre, et l'on se passionne.

Acteurs, décors, public, tout vous impressionne. On cède à ce qu'on sent et l'on juge fort mal. Éloigné du théâtre on reste impartial.

GERVAL FILS, regardant la pendule et s'impatientant.

Les hôtes du logis, suivant l'ancienne mode, Sont atix Français...

VÊRDELIN.

Eh bien, tout au mieux s'accommode.

J'en saurai deux fois trop. Moi, je dors quand j'y vais... D'ailleurs, Philopœmen!,.. ça doit être mauvais! J'aurais bien du malheur si la pièce était bonne. Monsieur, je suis heureux que ce hasard me donne... Ahl le temps vous est long! Mais patience... et puis. Nous serons bien payés de ces légers ennuis : Nous allons voir la nièce, une ange sans pareille ! Le bon oncle l'adore... et m'accueille à merveille;

LE TOUR DE FAVEUR. il

Pour époux à la belle il peut me présenter, Et je brûle, entre nous, de lui faire accepter Mon hommage, mon cœur...

GERYÂL FILS.

J'ai la même espérance.

YERDELIN, à part.

Peste soit du rival et de la concurrence!

J'étais fort bien tombé 1

On entend du brait an dehors*

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