ÉLISA, FANNY
ÉLISA
Eh bien, ma chère?
FANNY
Eh .bien, madame ?
ÉLISA
Plus d'espoir 1 Voilà tout mon bonheur détruitl
FANNY
C'est à savoir.
Monsieur Pickle nous donne, avec un ton sévère. Des conseils rigoureux..» Je l'aime et le révère.
FANNY
Comment donc! cet oracle est tout dans la maison. Quand toujours on raisonne on a toujours raison.
ÉLISA
Quoil Fanny, peux-tu bien, quand tu vois ma détresse, Loin de me consoler...
FANNY
Moi? ma chère maîtresse, .
Je vous engage fort à la docilité ;
5f OEUVRES D'EMILE DESCHAMPS.
Votre cœur en sera longtemps triste, agité... Ten conviens; dérogeant à son commun système, L^hymen vous promettait la paix et Tamour même...
ÉLISA
Fannyl...
FANNY
Mais monsieur Pickle en dispose autrement; Et tout cela n'est rien auprès d'un testament.
ÉLISA
U doit être sacré.
FANNY
Oui, madame, il doit Têtre, Et rhomme que, vivant, nous n'aurions pu connaître, A tous les droits sur nous du moment qu'il est mort.
ÉLIS A, avec homeui.
Mon Dieu I
FANNY
Puis-je parler?
ÉLISA
Allons, parle.
FANNY
Mylord, Gomme toujours, prendra cinquante avis; et certe. Lui qui veut plaire à tous et qu'un rien déconcerte, Choisira d'autant moins qu'il en recevra plus; C'est à vous de fixer ses vœux irrésolus.
ÉLISA
Tu crois donc?
FANNY
Qu'avec vous le serment qui l'entraîne Le rend libre.
ÉLISA
Et tu veux...
FANNY
Qu9 pour femme il vous prenne Et garde l'héritage I
SELMOURS. 55
Et miss Jenny?.,.
FANNY
D'accord.
Eh bien ! quUl le lui cède et vous épouse encor.
ÉLISA
Il ne remplirait pas ainsi le vœu suprême De son digne parent; et n'est-11 pas lui-même L*époux que Torpheline...
FANNY
Allons, madame, soit; N'en parlons plu».
ÉLISA
Hélas I tu sais tout ce qu'il doit A monsieur Mekelfort, au soin de sa mémoire; Et d'ailleurs...
FANNY
Monsieur Pickle... ohl c'est lui qu'il faut croire! Certes, pour la sagesse, à son fige, on est mûr.
ÉLISA
G^est un sage rigide, oui; mais un homme sûr.
FANNY
Ohl très-sûr; car lui-même il convient, à voix haute, Ne s'être, en soixante ans, trouvé jamais en faute. Disputeur éternel!
ÉLISA
Orateur de talent l
Il parle le dernier.
ÉLISA
Son cœur est excellent.
FANNY
Et sa poitrine 1
ÉLISA
Au moins, tant qu'a vécu sa femme Il a fait son bonheur.
FANNY
Oui, mais la pauvre dame QuMl vous endoctrinait,. prêchait à Tinfini, A forcQ d'écouter, mourut sourde.
ÉLISA
Fanny 1
FANNY
Et ce pauvre Robert, son fils, ce bon'jeune homme, . A Tuniversité s'instruisant. Dieu sait comme, Qu'avec un précepteur, pensant peu, parlant fort, 11 veut, jusqu'à trente ans, confiner dans Oxford?...
ÉLISA
Que vous importe?
FANNY
Maïs, sir Robert, malgré l'ordre.
Au grec, pendant dix ans, croit-on qu'il veuille mordre?
JÉLISA. . .
Finîrez-vous?
FANNY
Encor monsieur Pickle veut-il, Quand 11. l'aura tiré de son sayaQt exil.
Lui faire, à la maison, redoubler sa logique!
ÉLISA. ' '
Laissez-moi.
FANNY
Puis.
Éi;.isA...
Sortez!
FANNY, à part.
, Nous tournons au tragique.
Et je sors. — Quel talent il faut, en pareil cas, Pour forcer d'être heureux des gens si délicats!
Elle sort.
SELMOURS« 57