‹ Œuvres complètes de Emile Deschamps (volume 5)Chapitre 59 sur 159 · SCÈNE XIV · texte numérisé non relu

SCÈNE XIV

DON OTTAVIO, ANNA

ANNA, hors d'elle-môme.

DonOttavîoI

DON OTTAVIO

Ciel! qu'avez-vous?

iirNNA.

Don Ottavlo, je meurs. Secourez-moi de grâce... L^assassin de mon père était là, devant nous; C'est lui!

DON OTTAVIO

Qu'entends-je!

ANNA

Lui, vous dis-je, à cette place!

L'assassin de mon pèret

DON OTTAVIO

Est-il possible! ô ciel!

ANNA

Oui, ses derniers accents ont éclairé mon âme ; Sa voix m'a rappelé la voix de cet infâme, Qui la nuit... dans ma chambre...

DON OTTAVIO

Ah! parlez, ce cruel...

ANNA.'

L'heure était avancée, et la nuit morne et sombre, Quand je vis dans ma chambre, où j'étais seule alors,

Un homme tout à coup se glisser comme une ombre; Un long manteau cachait son visage et son corps. Muette, j'attendais...

DON OTTAVIO

Poursuivez, je vous prie.

Il s'approche en silence, et cherche à m'embrasser ;

Je le repousse, il me presse, je crie...

On ne vient pas! — L'amour en lui devient furie. Une main sur ma bouche, il ose m'enlacer De l'autre... tellement que je me croyais morte.

DON OTTAVIO

Enfin...

ANNA

Enfin, le désespoir, l'horreur.

Me rendent à moi-même, et je me sens si forte, Que, luttant des deux bras, j'échappe à sa fureur. .

DON OTTAVIO

Ah! je respire.

ANNA

Alors le délire m'emporte.

Je redouble mes cris, j'appelle à mon secours. Don Juan sort... je le suis, en appelant toujours. Celle qu'il attaquait, l'attaque, l'épouvante... Mon père accourt 1 c'était la justice vivante! Il veut... pauvre vieillard!... Le lâche, sans remord, Met le comble à son crime en lui donnant la mort.

Air.

Tu sais quel infâme, D'une indigne flamme Flétrit mon honneur; Quel monstre en fureur, Frappa de ses armes Mon père en alarmes...

Vengeance à mes larmes !

Et sois le vengeur !

DON JOAN. i3i

Revois mon vieux père A nos pieds gisant, Vois son noble sang, Qui rougit la terre, Et que ma douleur...

Et que ma colère Passent dans ton cœur 1

Tu sais quel infâme, etc., etc.

Oui, près de ton glaive.

Déjà je relève Un front sans rougeur.

Mon père, ô mon père!

Ombre sainte, espère...

Voilà ton vengeurl

Ils sortent.

FIN DU PREMIER ACTE

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