SCÈNE PREMIÈRE
ANNA, seule.
Récitatif*
Ton heure encor n'est pas sonnée
Don Juan I — C'était folie à moi Que de vouloir lutter contre ta destinée...
Maintenant, si tu veux, mon père, venge-toi.
Oui, la force manque à ma haine ; Ma vie est épuisée et le mal est vainqueur; Mais du moins je souris à cette mort prochaine,
Qui seule peut briser la chaîne D'un froid hymen où je n'ai pas mon cœur.
mon père I pardonne à ta fille insensée Une flamme sans nom qui lui vient de Tenfer, Dans le fond de son cœur bien longtemps repoussée,
Et que, dans la tombe glacée, Elle emporte aujourd'hui pour mieux en triompher.
Air.
Tu m'attends; je vais te suivre, Ombre sainte, dans ton séjour; Par la tombe je me délivre
D'un fatal et triste amour.
Avec moi, que sous la terre
DON JUAN. 167
Soit caché sous ce mystère, Ce fatal et triste amour.
Ah ! pour ma douleur profonde, Pour les maux que j'ai soufferts, Peut-être au sortir du monde Les cieux me seront ouverts.
Tu m'attends ; je vais te suivre, Ombre sainte, dans ton séjour I Par la tombe je me délivre
D'un fatal et triste amour.
Avec moi, que sous la terre
Soit caché tout ce mystère.
Ce fatal et triste amour.
Don Ottavio entre, sur les dernières mesures de l'air d'Anna.