‹ Œuvres complètes de Emile DeschampsChapitre 27 sur 42 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Madaub de LINIÈRES, CÉLESTE, CLAIRE.

CÉLESTE

Quelles grâces à vous rendre, madame l

MADAME DE LINIÈRES

Que le malheur s'éloigne de vous, et nous rendrons grâces à Dieu tous ensemble.

CÉLESTE

Hélas I madame.

GLAIRE, avec enjouement.

Pour commencer, vous êtes ici chez vous, et, dès demain, j'y viendrai prendre vos leçons; et puis, j'ai beaucoup d'amies; il faudra bien qu'elles soient vos élèves, ou je me brouille avec elles... Ah î ma mère, j'y songe, où est donc ce vieux journal d'hier, qui demande une maîtresse de piano et de dessin pour de jeunes Anglaises ?

268 OEUVRES D'EMILE OESGHAIMIPS.

MADAME DE LINIÈRES

Il doit être encore dans mon rouleau de papiers.

(Claire court délier le rouleau.) CÉLESTE, suivant Claire des yeux.

Ah! madame, quel sera l'heureux époux?...

GLAIRE, revenaat avec le journal, à Céleste.

Tenez, tenez, par là, je crois.

CÉLESTE, parcourant le journal et restant comme stupéfaite de joie.

Dieu I voilà bien autre chose!...

CLAIRE

Qu'avez-vous donc?

CÉLESTE, lisant arec une émotion de surprise et de bonheur toujours

croissante.

« Le consul de Portugal prévient, pour la dernière fois, les héritiers collatéraux du comte Ermentajo de Diaz, s'il en existe, qu'ils aient à se présenter demain, 8 septembre 1855, avant quatre heures, pour tout délai, à la chancellerie du consulat, à l'effet de justifier de leurs titres à cette succession, faute de quoi, les biens, montant à plus de trois millions, qui la composent, seront dévolus aux légataires institués en vertu d'une clause spéciale du testament dudit comte de Diaz, décédé à Manille, le 8 septembre 4853. — Le présent avertissement renouvelé depuis deux ans dans tous les journaux de l'Europe, et toujours sans résultat, etc.. » (a madame de Liniferes.) Ah ! madame, uue voiturc, OU grâco!... N'avoir pu lire aucun journal!... Misère profonde!... Oh! l'exil et l'isolement!... Un jour plus tard!... Vous êtes deux divines messagères I

(Céleste met à la hAte son chapeau et son mantelet, et prend des papiers dans un sac; Maurice, pendant ce temps, est rentré.)

MADAME DE LINIÈRES, è Maurice.

Dites à Joseph qu'il conduise madame à la première place de voitures.

CÉLESTE

Je vole et je reviens. (Céleste sort derrière Mauriee.j

SCiiNEr IX. •

Madamb de LINIÈRES, CLAIRE, puis MAURICE.

CLAIRE

Je suis toute tremblante de joie. Qui avons-nous donc chez nous?

MADAME DE LINIËRES.

Mon enfant, les Illusions sont faciles, et les déceptions bien communes; attendons, pour nous réjouir...

MAURICE, rentrant, une lettre à la main.

Madame, vos ordres sont remplis. J'ai rencontré, au bas de Tescalier, Joseph, qui vous apportait cette lettre qu*on vient de déposer à l'hôtel. C'est de la part de M. Dorville.

CLAIRE

Du père d'Yvonne! Encore quelque invitation!... (a

Haurice, pendant que madame de Linières décachette la lettre.) Et IC

malade ?

MAURICE

Mieux, beaucoup mieux.

GLAIRE, avec effusion.

Dieu soit béni !

MADAME DE LINIÈRES, après avoir ouvert la lettre, pAIlssant tout à coup et tombant dans un fauteuil.

Ciel!

CLAIRE, se précipitant.

Ma mère! quel mal subit!... du secours!...

(Haurice s'empresse. A ce bruit, Tétranger soulève la portière de la porte

latérale et écoute sans so montrer.)

MADAME DE LINIÈRES, se remettant.

Non, non, ma fille, je n'ai rien... qu'une horrible

peine. Vois ! (EUe lul remet la lettre.)

270 OEUVRES D'EMILE DESGHAMPS.

GLAIRE, lisant.

« Madame... les malheurs du commerce... Je suis ruiné, déshonoré, et je vous entraîne djins ma ruine. Je profite, pour m'enfuir, de l'absence de mon Yvonne... je n'ose la recommander à votre pitié.

a DORVILLE. »

CLAIRE, avec une explosion de joie, se jetant dans les bras

de sa mère.

Moi qui craignais pour vos jours I Nous ne .sommes que ruinées!... Que Dieu est boni

(L'étranger se retire arec des gestes qui peignent son émotion.) MAURICE, à part, s'essufant les yeux.

Je pleure comme une bête !

MADAME DE LINIÈRES, en larmes.

Ce n'est pas pour moi, mon Dieu l mais ma fille! mais son avenir perdu !

CLAIRE

ma mère, ne pleurez pas ainsi; le vrai malheur de tout cela, c'est votre chagrin. Écoutez, je suis jeune, je puis travailler. Et Maurice, donc... qui ne nous abandonnera pas!

MAURICE

Ah! saperlotte!!

GLAIRE, poursuirant.

Nous avons des amis...

MADAME DE LINIÈRES

Nous en avions, mon enfant! (ici rétranger soulève encore la portière et prête Toreille sans être ya.) QuC d'engagements

encore! Et vendre cet hôtel pour y faire honneur!

GLAIRE

Les affaires n'en finissent pas. Jurons de ne rien dire à nos hôtes ; cela leur ferait trop de mal. (L'étranger un

un mouvement et se présente.) Voici l'étranger. Ghut I

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