SCENE PREMIERE
JONATHAN, debout, RACIIEL, à une table, écrivant.
RACHEL
Mais, mon papa, j'^ vous dis que Tobie...
JONATHAN
Taisez-vous, mademoiselle Rachel, voilà vingt gainées de trop que vous m'avez fait mettre sur ce mémoire ; gr<àcc à vous, j'ai tous les jours dos distractions pareilles !
RACIIEL.
Pardi ! vous n'y perdez pas !
JONATHAN
Et la réputation, made«ioiselle ! Croyez-vous que moi, Jonathan, aubergiste connu et renommé de la ville île Bath,il me soit agréable d'avoir, auprès des voyageurs, une réputation... de distraction?
Oh! quelquefois... ils appellent ça autrement.
232 COMÉDIES — VAU 0 KVIL t.ES
JONATHAN
Taisf!Z-vous... et écrivez : Mémoire de M. le comte Ernest d'Élaiiges... Le comte d'Étangcs !... ah ! si tous mes locataires étaient comme celui-là !... vingt-cinq ans , trois cent mille livres de rente, jetant l'or à pleines mains... 3Ioi, malgré le préjugé national, j'aime les étrangers... je les aime ! Aussi, dès qu'il s'en présente un comme celui-ci!... quel accueil... quelles prévenances!.., tout cela se retrouve.
au: : De soinmeiller cncor, ma chère. (Fanclton la vielleuse.)
Je lui fais payer mon sourire, Je lui fais payer mes apprêts, Jusqu'à l'air anglais qu'il respire.
Qu'il paie en bons écus français !
Nul aubergiste sur la terre Ne sait mieux que nous son métier; Aussi dit-on que l'Angleterre Est un pays hospitalier !
RACllEL.
-Mais, mon papa, si Tohic...
JONATHAN
Taisez-vous! Huit cents guinées pour une semaine! s'il achève le mois ma fortune est faite!... je me retire du commerce ! j'achète cette petite maison de Tunbridi;e que j'ai en vue... et (jui me convient si fort... et j'offre à mes concitoyens le spectacle d'un aul)ergiste faisant une tin honnête.
UACHKL.
Dieu ! (|uo ça fait mal de ne i)as pouvoir |)ai-lcr!
JO.WTHAN.
Ah rà ! mademoiselle Haciiel... ([u'est-ce que ça signifie... est-ce que vous avez aussi des distractions?...
lîAClllJ,.
Dame!... tout cuiiinic une autre... vo'.> inc détendez de parler de Tobie, alors je suis oblii^ée d'y penser, et je ne