‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 2)Chapitre 129 sur 194 · LE S P L K E N · texte numérisé non relu

LE S P L K E N

Ah! c'est charmant, en vérité; (Bis.)

C'est un exercice admirable; (Bis.) C'est un tapage, un bruit, une poussière! Chacun se heurte et tourne en sens contraire ; Orî est poussé, renversé, ballotté.

Ah! c'est charmant, en vérité!

Je crois que j'ai parié à moi tout seul contre tous les gentlemen du canton.

JONATHAN

Et monsieur le comte a eu la gloire de gagner le pari?...

Oui, j'ai eu la gloire et cinq cents guinées ; tiens, Williams, elles sont pour toi... mais que l'on soigne mon coureur... Pauvre clieval... il vient d'acquérir autant de gloire que moi, pour le moins.

JONATHAN

Votre Grâce peut être sûre qu'on le traitera avec les plus grands égards... c'est un si bel animal!

ERNEST

. Oui, une tête superbe... un œil de feu. ot une légèreté... Ah! tu le trouves beau?

Certaincinenl.

Je le le donne.

JONATHAN

ERNRST.

JONATHAN

Comment, votre coureur...

ERNEST

Il est à toi... je te le donne... prends, et laisse-inoi Iranquille... avec ces gens-là, on est toujours obligé de répéter les choses; allez... (a Rachei.) Ah! c'est toi, petite... Tobie s'est-il acquitté de ma commission?

RACHEL

Pour cette cassette? Il y est allé... on peut se fier à lui. moi d'abord, c'est mon homme de confiance.

ERNEST

A propos, a-t-on exécuté mes ordres pour le souper? (Jonathan s'incline.) C'est qu'il scra charmant, mon souper... les plus jolies femmes de la ville... des jeunes gens du meilleur ton... des vins délicieux... une musique enchanteresse... Je veux que tous les plaisirs nous entourent à la fois.

RACHEL

Là, vià-t-il pas de la dépense... pour un souper!

ERNEST

Eh ! sans doute, ou a trop négligé le souper ; on a tort... on ne peut trop l'embellir... c'est le dernier repas de la journée...

(Rnchel et Jonathan sortent.) KIXNECESTER.

Oh ! je n'y liens ])lus...

(Il s'arance et salue Ernest.) ERNEST.

Hln croirai-je mes yeux!... mon cher Kinnecester... Parbleu ! vous en ce pays!... quelle bonne fortune vous envoie?

KINNECESTER.

Le désir do vous voir ! l'état de votre santé...

ERNEST

Ma santé ! eli ! m lis, jo me porte à merveille... je n'ai jamaiSi (Mé plus gai qu'aujourd'hui !... j'ai idée que la journée sel heureuse... je viens de gagner un pari, je traite tous mè amis... je compte sur vous... A propos, je vous avais écril à| Tunbridge... mais vous recevrez ma lettre plus lard.

C'était sans doute pour un sujet important?

LK SIM.KKN 2i9

EU m: ST.

Oh! mon Dicii non... pour moins que rien... ça ne vaut pas mc'me la peine que nous nous en occu|)ions... J'ai des compliments à vous faire... j'ai reçu votre dernier ouvrage... vos Considérations pliiloHopliiiiues... Je les ai lues avec grand plaisir., et depuis Montaigne et Jean-Jacques...

KINNECESTliU, s'inclinant.

Ah! monsieur le comte!

ERXEST.

Non, votre chapitre sur le mépris des richesses est fort bien... mais celui sur le mépris de la vie !...

KINNECESTER.

Hum !... ce n'est pas ce que j'ai fait de mieux?

ERNEST

Si vraiment!... Je veux, comme a dit La Fontaine :

« Qu'on sorte de la vie ainsi que d'un banquet, « Remerciant son liôte et faisant son paquet. »

Et en outre, une clarté... une force de raisonnement...

KINNECESTER.

Oh ! il y aurait bien des choses à dire !

ERNEST

Point du tout!... il n'y a pas de réponse... (En riant.) Il n'y a qu'une chose qui m'étonne... c'est que celui qui a écrit ce chapitre puisse exister encore !

Sans doute... si c'était là mon dernier mot... .Mais attendez seulement la réfutation que j'en ai faite... deux petits volumes qui sont sous presse, (a part.) C'est décidé... je m'y mets dès aujourd'hui !

ERNEST

Une réfutation... Eh! mais, mon cher professeur, vous écrivez donc le pour et le contre?

KINNECESTER.

Écoutez donc... clans notre état... il faut bien de temps en temps... On ne réussirait jamais, si Ion disait toujours la même chose.

ERNEST, un peu rêveur.

Oui... toujours la même chose... C'est ce que je me dis souvent... c'est fatigant...

KINNECESTER,

Fatigant... c'est selon...

Alli : Un homme pour fairo un l;iblsau. {Les Hasards de la guerre.)

En m'éveillant, que tous les jours Le même appétit m'accompagne, Qu'en mon verre on verse toujours Du bordeaux, toujours du Champagne; Pour flnir cette épreuve-là, Que toujours le ciel me prodigue Santé, fortune, et l'on verra Si je me plains de la fatigue !

Eh bien ! voilà justement le système que 'ai suivi...

KINNECESTER.

Que voulez-vous dire ?

ERNEST

De tout temps... vous ne vous en douteriez pas... j'ai eu un grand faible pour la sagesse ! D'autres, pour y arriver, auraient pris le parti de fuir le plaisir, ce qui est plus long!... moi, j'ai pris le parti de m'en rassasier, ce qui est bien plus facile !... Je m'aperçus bientôt que le jeu m'ennuyait, que le vin de Chaiiipagne me faisait mal h la létc... que les lenmies me trompaient... Tant mieux, me disais-jo, continuons; j'ai suivi mon plan avec une constance dont je ne me serais pas cru capable... C'est vingt mille écus de rente qu'il m'en a déjà coûté... mais je ne les regrette pas. Grâce à mon heureux système, je n'ai plus d'erreurs, plus d'illusions à

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craindre ! je suis désabusé sur tout ; je ne crois plus ni au jeu, ni à I';imour, ni au vin de (lluimpagne... Si ce n'est pas là de la sagesse... je ne m'y connais pas.

KINNECESTER.

Diable ! diable ! (a part.) Il est plus désespéré que je ne croyais... et madame de Lussan qui ne vient pas... (Haut.) Ah! vous ne croyez plus aux jolies femmes?... J'en suis fàcli£... car je viens d'en apercevoir une... qui est un peu de votre connaissance... mon ancienne écolière qui vient d'arriver dans cet hôtel... madame de Lussan.

ERNEST, hors de lui-même et voulant s'en aller.

Madame de Lussan... dites-vous... madame de Lussan dans cet hôtel!...

KINNECESTER.

Eh bien, où diable allez-vous?...

Que vient-elle faire ici?... Sans doute elle est avec son mari?... (a part.) Son mari!... N'est-il pas content du sacrifice que je lui ai fait... et je serais témoin de leur amour... de leur bonheur!... Non... je ne les verrai point... La voici!... je me croy.:is plus de courage...

KINNECESTER, à part.

Allons... allons... ne nous pressons pas avec Jonathan; et pour faire le contrat de vente... attendons encore un moment...

(il Sort.)

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