‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 2)Chapitre 131 sur 194 · I. li S P L E E N · texte numérisé non relu

I. li S P L E E N

Ail!... demain... mon Dieu, je suis désespéré... demain... je ne pourrai pas... je jiars...

M"'« DE LUSSAN, à part.

Grand Dieu !... (iiaut.) Et (pii vous force à ce départ?... Est-ce ([uelquc événement imprévu?...

ERNEST

Non... non, Dieu merci... je suis comme vous... je suis tri'S-heureux... rien ne manque à ma félicité... mais je ne me trouve pas bien où je suis, et je veux changer de place...

M"'<^ DE LUSSAN

Et c'est pour une semblable raison que vous... vous... éloignez... monsieur Ernest? Ne suis-je point l'amie de voire enfance?... et est-il donc dans notre destinée de nous quitter toujours sans motifs?

ERNEST

Sans motifs... jusqu'à présent vous n'avez point de semblables reproches à me faire, et la lettre que M. de Lussan... a dû vous remettre...

M"»e DE LUSSAN.

Il ne m'en a remis aucune... je vous jure.

ERNEST

Ah!... (Froidement.) Au fait, peut-être a-t-il eu raison... un oubli total, c'est tout ce que je demande.

M'"^ DE LUSSAN

Vous oublier !... pouvez-vous le penser?... pourquoi nous priver de votre amitié, de vos conseils?... La présence d'un ami adoucit nos chagrins... car tout le monde en a... On croit seulement les lui confier... il les partage, (a part.) Allons... il ne parlera pas... (iiaut.) Vous êtes trop heureux pour avoir besoin de mon amitié... Moi, je suis moins heureuse, et je viens réclamer la vôtre...

ScninE. — Œuvres cojiiplèles. ll^ue série. — jm® Vol.— 13

254 COMÉDIES — VAUUEVILLKS

ERNEST

Vous, madame... vous réclamez mon amitié... Ali! ce moment là me paie de tout ce que j'ai souffert... Mais ne croyez pas que mon sort soit aussi heureux qu'il vous le parait.

M""^ DE LUSSAN

Comment... il serait vrai!... Eh bien, je serais presque tentée de m'en féliciter... c'est du moins une conformité entre nous... je puis donc vous confier que depuis que l'ordre de mon père m'unit à M. de Lussan...

ERNEST

Eh! quoi... ce n'est point par inclination ?

M'"'^ DE LUSSAN

J'ai obéi...

ERNEST

Vous ne l'aimiez pas ! ! ! (a pnrt.) Comme il m'a trompé !... (Douloureusement.) Et elle cst sa femme...

M'"e DE LUSSAN.

Ernest, qu'avez-vous?...

ERNEST

Ah ! mon plus grand malheur est de ne pouvoir vous le dire...

ÎI"-'^ DE LUSSAN.

Eh bien... puisqu'il faut que ma confiance précède la vôtre, apprenez que depuis ce mariage fatal, je n'ai pas connu un seul jour de bonheur.

ERNEST

C'est comme moi...

M""' DE LUSSAN

Et me voyant cnchahiéc à jamais... ne conservant aucun espoir... la vie m'est devenue odieuse, et, je vous l'avouerai, j'ai résolu de la quitter.

ERNEST, avec explosion.

Eh liieu, madame... c'est comme moi!.-.

M™" DE LLSSAN.

Grand Dieu ! qu'osez-vous dire ?...

ERNEST

Oui... je n'aurais jamais cru qu'il existât entre nous autant de sympathie !

M""' DE LUSSAN

Écoutez-moi...

AIH : Dl'O (les llaiis garçons.

D'une existence ERNEST.

D'une existence

M'"^ DE LUSSAN

. Sans espérance Sans espérance

M"»^ DE LUSSAN

Je veux m'affranchir aujourd'hui.

ERNEST

Que dites-vous?... c'est aujourd'hui.

M»"* DE LUSSAN

Oui, c'est ici.

C'est aujourd'hui Que mon courage...

ERNEST

Votre courage

M™e DE LUSSAN.

De l'esclavage

ESNEST.

De l'elclavage

M™^DE LUSSAN

Saura bientôt briser les nœuds ; Et ce soir même...

ERNEST

Qu'entends-je, oh! dieux!

M""' DE LtJSSAN.

Oui, c'est ce soir, tels sont mes vœux. ERNEST.

Ali! quel rapport entre nous deuxl Ensemble.

M™" DE LLSSAN.

Ah ! l'aventure est vraiment surprenante,

Oui, je m'en vante, [B/s".) Du monde en vain il veut se détacher; Il faut l'en empêcher.

ERNEST

Ah! l'aventure est vraiment surprenanla :

Jeune et charmante, (Bis ) Du monde ainsi vouloir se détacher; Il faut lien empêcher.

M'"^ DE LUSSAN

Puisqu'un même sort nous rassemble, Formons un dessein généreux, Et tous les deux... tous deux ensemble.

ERNEST

Que dites-vous ?

M™" DE LUSSAN

Je crois qu'il tremble, Refusez-vous de tels adieux ?

ERNEST

Eh quoi, madame!...

M"»'- DE LUSSAN

Oh ! je le veux... oui, je le veux.

Ensemble. ' ERNEST.

Ah! l'aventure csl vraiment surprenante : Jcuno cl charmante,

LE Sl'LEEN 25T

Du monde ainsi vouloir se détacher!

11 faut l'en enipêcher.

M'"« DE LUSSAN. Ah ! l'aventure est vraiment surprenante

Oui, je m'en vante, Du monde en vain il veut se détacher; Il faut l'en empOcher.

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