I. li S P L E E N
Ail!... demain... mon Dieu, je suis désespéré... demain... je ne pourrai pas... je jiars...
M"'« DE LUSSAN, à part.
Grand Dieu !... (iiaut.) Et (pii vous force à ce départ?... Est-ce ([uelquc événement imprévu?...
ERNEST
Non... non, Dieu merci... je suis comme vous... je suis tri'S-heureux... rien ne manque à ma félicité... mais je ne me trouve pas bien où je suis, et je veux changer de place...
M"'<^ DE LUSSAN
Et c'est pour une semblable raison que vous... vous... éloignez... monsieur Ernest? Ne suis-je point l'amie de voire enfance?... et est-il donc dans notre destinée de nous quitter toujours sans motifs?
ERNEST
Sans motifs... jusqu'à présent vous n'avez point de semblables reproches à me faire, et la lettre que M. de Lussan... a dû vous remettre...
M"»e DE LUSSAN.
Il ne m'en a remis aucune... je vous jure.
ERNEST
Ah!... (Froidement.) Au fait, peut-être a-t-il eu raison... un oubli total, c'est tout ce que je demande.
M'"^ DE LUSSAN
Vous oublier !... pouvez-vous le penser?... pourquoi nous priver de votre amitié, de vos conseils?... La présence d'un ami adoucit nos chagrins... car tout le monde en a... On croit seulement les lui confier... il les partage, (a part.) Allons... il ne parlera pas... (iiaut.) Vous êtes trop heureux pour avoir besoin de mon amitié... Moi, je suis moins heureuse, et je viens réclamer la vôtre...
ScninE. — Œuvres cojiiplèles. ll^ue série. — jm® Vol.— 13
254 COMÉDIES — VAUUEVILLKS
ERNEST
Vous, madame... vous réclamez mon amitié... Ali! ce moment là me paie de tout ce que j'ai souffert... Mais ne croyez pas que mon sort soit aussi heureux qu'il vous le parait.
M""^ DE LUSSAN
Comment... il serait vrai!... Eh bien, je serais presque tentée de m'en féliciter... c'est du moins une conformité entre nous... je puis donc vous confier que depuis que l'ordre de mon père m'unit à M. de Lussan...
ERNEST
Eh! quoi... ce n'est point par inclination ?
M'"'^ DE LUSSAN
J'ai obéi...
ERNEST
Vous ne l'aimiez pas ! ! ! (a pnrt.) Comme il m'a trompé !... (Douloureusement.) Et elle cst sa femme...
M'"e DE LUSSAN.
Ernest, qu'avez-vous?...
ERNEST
Ah ! mon plus grand malheur est de ne pouvoir vous le dire...
ÎI"-'^ DE LUSSAN.
Eh bien... puisqu'il faut que ma confiance précède la vôtre, apprenez que depuis ce mariage fatal, je n'ai pas connu un seul jour de bonheur.
ERNEST
C'est comme moi...
M""' DE LUSSAN
Et me voyant cnchahiéc à jamais... ne conservant aucun espoir... la vie m'est devenue odieuse, et, je vous l'avouerai, j'ai résolu de la quitter.
ERNEST, avec explosion.
Eh liieu, madame... c'est comme moi!.-.
M™" DE LLSSAN.
Grand Dieu ! qu'osez-vous dire ?...
ERNEST
Oui... je n'aurais jamais cru qu'il existât entre nous autant de sympathie !
M""' DE LUSSAN
Écoutez-moi...
AIH : Dl'O (les llaiis garçons.
D'une existence ERNEST.
D'une existence
M'"^ DE LUSSAN
. Sans espérance Sans espérance
M"»^ DE LUSSAN
Je veux m'affranchir aujourd'hui.
ERNEST
Que dites-vous?... c'est aujourd'hui.
M»"* DE LUSSAN
Oui, c'est ici.
C'est aujourd'hui Que mon courage...
ERNEST
Votre courage
M™e DE LUSSAN.
De l'esclavage
ESNEST.
De l'elclavage
M™^DE LUSSAN
Saura bientôt briser les nœuds ; Et ce soir même...
ERNEST
Qu'entends-je, oh! dieux!
M""' DE LtJSSAN.
Oui, c'est ce soir, tels sont mes vœux. ERNEST.
Ali! quel rapport entre nous deuxl Ensemble.
M™" DE LLSSAN.
Ah ! l'aventure est vraiment surprenante,
Oui, je m'en vante, [B/s".) Du monde en vain il veut se détacher; Il faut l'en empêcher.
ERNEST
Ah! l'aventure est vraiment surprenanla :
Jeune et charmante, (Bis ) Du monde ainsi vouloir se détacher; Il faut lien empêcher.
M'"^ DE LUSSAN
Puisqu'un même sort nous rassemble, Formons un dessein généreux, Et tous les deux... tous deux ensemble.
ERNEST
Que dites-vous ?
M™" DE LUSSAN
Je crois qu'il tremble, Refusez-vous de tels adieux ?
ERNEST
Eh quoi, madame!...
M"»'- DE LUSSAN
Oh ! je le veux... oui, je le veux.
Ensemble. ' ERNEST.
Ah! l'aventure csl vraiment surprenante : Jcuno cl charmante,
LE Sl'LEEN 25T
Du monde ainsi vouloir se détacher!
11 faut l'en enipêcher.
M'"« DE LUSSAN. Ah ! l'aventure est vraiment surprenante
Oui, je m'en vante, Du monde en vain il veut se détacher; Il faut l'en empOcher.