‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 2)Chapitre 132 sur 194 · SCENE VIL · texte numérisé non relu

SCENE VIL

Les MEMES ; RACIIEL, entrant précipitamment sans regarder personne.

RACHEL

Ah! mon Dieu, mon Dieu! qu'est-ce que c'est donc qu'une miagination comme celle-là !... je m'en doutais bien, que s'il se montait la tête...

M"!'^ DE LUSSAX.

Eh bien! qu'a donc celte petite fille?

RACHEL, à Ernest.

Ah! monsieur, je vous rencontre bien à propos... il n'y a que vous qui puissiez lui parler.

ERNEST

A qui donc?...

RACHEL

Eh bien, à Tobie... On ne peut pas le retenir, ce petit garçon ! imaginez-vous qu'il est venu ici, malgré la défense I de mon papa... sous prétexte d'apporter une boîte que vous l'aviez envoyé chercher.

ERNEST

C'est vrai...

Alors mon papa Ta battu... et comme Tobie a de Thon neur...

ERNEST

Il le lui a rendu.

RACHEL

Non... mais il veut que nous fassions un coup de désespoir...

M"*= DE LUSSAN

Il veut vous enlever... •

RACHEL

Ah I bien oui... si ce n'était que cela, il y aurait de l'espoir... mais Tobie, qui est comme un salpêtre, veut absolument se tuer pour faire enrager mon papa... la télé n'y est plus... Il est comme ça.

M™^ DE LUSSAN, à part.

Ah çà !... dans ce pays tout le monde s'en mole...

RACHEL

AIR du Ménage de garçon.

Enfin, madam', c' n'est pas croyable, Il veut s' mettr' à la mode aussi; J' vous r demande, un luxe semblable Convient-il aux gens tels que lui?

Mais voyez-vous, l'orgueil l'enivre, L'ambition 1' tourmente si fprt, Que lui qui n'a pas de quoi vivre, Il veut mourir comme un milord.

Et vous sentez bien que si Tobie s'en va... il faut que j<' m'en aille aussi... Alors vous voyez les suites... et je vienvous trouver pour(|ue vous lui Hissiez entendre raison...

Oui, vous ne pouvez pas mieux vous adresser... Tenez, di tes cela à madame...

RVCHEL.

Au fait, à quoi que ça avaucc de se tuer? c'est béte...

(Madame de Lussaii lui fait signo de continuer.) mals Oul, c'csl bête...

(a Frnest.) Jc VOUS le demande à vous-même, ça a-t-il le sens ciimmun?... il prétend qu'il sera plus heureux !... mais quand ce serait vrai... il ne doit pas vouloir être heureux sans moi... c'est d'un mauvais cœur... c'est d'un égoïste... tandis que quand on est malheurenx tous les deux... eh bien, c'est toujours ça... (a m"^ de Lussan.) Dites-le-lui vous-même, je vous en prie... peut-être il vous croirai

M""* DE LUSSAN

Mais, Rachel, vous me chargez là d'une commission... Dites cela à monsieur.

RACHEL

Certainement que j'ai raison... et il fout qu'il ne.m'ait jamais aimée... sans cela il consentirait à vivre pour moi...

M""^ DE LUSSAN

Oui, Rachel, oui... je crois aussi que si jamais il avait eu de l'amour pour vous...

RACIIEL.

Eh bien, c'est sûr... on a un mauvais moment à passer... mais il en arrive un meilleur, et en prenant patience, il y a remède à tout... voilà ce qu'il faut lui faire entendre...

Oui, je conçois... que M. Tobie... Amène-le-moi... je veu\ le voir, lui parler.

RACIIEL.

Eh! monDieu...monsieur... il est là... Entre donc, Tobie!

(Rachel saute de joie et sort en courant. j Jl^e DE LUSSAN.

Et moi... je vous laisse... Ernest... vous n'oublierez pas, ce soir... à huit heures... dans ce pavillon.

ERNEST

3Iais songez donc, madame...

H,]""' DE LUSSAN

Ah ! je VOUS prie, n'allez pas vous repentir... à huit heures dans ce pavillon...

(Elle sort, en le regardant avec expression.)

Page 1