‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 2)Chapitre 135 sur 194 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

ERNEST, rêvant, KINNECESTER, l'observant dans le fond. ERNEST, d'un air extrêmement agité.

Elle est libre !... elle est veuve!... et elle me l'a laissé gnorer. Quel pouvait être le motif?... si ce n'était qu'une épreuve ! Si sa généreuse amitié avait voulu seulement me détourner d'un dessein... Quoi! madame de Lussan, celle que j'ai toujours aimée, celle dont la perte me réduisait au désespoir... daignerait encore s'intéresser... Je n'ose croire à tant de bonheur... et je cours de ce pas...

KINNECESTER, qui a suivi tous ses mouvements, l'arrêtant par le bras.

Non... jeune imprudent... non! vous n'irez pas.

ERNEST

Eh bien ! Kinnecester, qu'avez-vous donc ?

KINNECESTER.

Ce que j'ai! ce que j'ai!... vous voudriez en vain dissimuler... j'ai deviné le funeste dessein que vous méditez en ce moment .!... mais vous ne connaissez guère mon caractère et mes principes... si vous croyez que je vous le laisserai exécuter... non... jeune homme, non... vous ne l'exécuterez pas !... C'est qu'il est étonnant qu'on se permette de disposer aussi légèrement...

ERNEST

Ali ç.à ! mon clier ami, qu'est-ce que cela vous fait?

KINNECESTER.

Comment! ce que cela me fait... Apprenez, monsieur, que votre existence appartient à tous vos amis... à votre professeur de philosophie... Mais je formerai plutôt opposition !... nous nous y opposerons tous... Oui, apprenez que madame de Lussan est instruite comme moi... qu'elle est libre... qu'elle ne dépend que d'elle-même, quoiqu'elle m'ait

défendu de vous l'apprendre. (Geste de joie d'Ernest.) El si

vous saviez quel intérêt elle ^us porte, combien elle est décidée à combattre votre résolution...

ERNEST, froidomnnt.

C'est ce qui vous trompe!... Madame de Lussan la partage I elle prend le même parti que moi... et co soir à huit heures vous en serez convaincu !

KINNECESTER.

Comment !... elle aussi ! et mon autre pension... Ah çà ! tout le monde a donc juré de me ruiner?...

Allt de l'rerille et Taconnet.

C'est fini, c'est le coup de grâce.

LE SPLEKN

A ma perle ils conspirent tous !

Un seul instant, mettez-vous à ma place... Aussi, morbleu ! vous ne pensez qu'à vous ! (A part.)

Le système de mon élève

Va donc gagner tout l'univers !

Quoi ! tous les deux... moi je m'y perds!... Et je n'ai plus, si leur projet s'achève, D'autre parti que de me mettre en tiers.

ERNEST, à Kinnecesler qui s'est glissé près de la table, et qui essaye de mettre I.i boite sous son bras.

Eh bien ! que faites-vous donc ?

KINNECESTER.

Je veux m'emparer de ces armes meurtrières.

ERNEST, la lui reprenant.

Non pas... non pas... comme vous y allez... (a part.) Diable... cent mille écus de diamants ! ! !

KINNECESTER, à part.

N'importe... je n'ai point oublié l'heure fatale... a huit heures!... Courons avertir, chercher main-forte... afin de les empêcher, s'il est possible... et en même temps lâchons de trouver Jonathan, et hàlons-nous de conclure... car, de ce temps-ci, on ne sait ni qui vit ni qui meurt.

(il sort.) ERNEST.

Malgré ce que je viens d'entendre, je n'ose encore me flatter... si je pouvais apprendre d'elle-même... C'est elle... si j'osais, j'aurais bien envie de me venger un peu...

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