ERNEST, M'"« DE LUSSAN
M™^ DE LUSSAN, entrant vivement.
Ail ! monDieu, que m'adit Rachcl? cette boitede pistolets...
266 COMÉDIES — VAUUKVILLES
ERXEST.
Je vous attendais, madame.
M""-' DE LUSSAX, avec émolion.
Oui, je VOIS que vous êtes exact au rendez-vous !
Pouvez-vous en douter!... Si j'avais pu hésiter un instant, notre conversation de ce matin aurait suffi pour me déterminer.
M™"" DE LUSSAN, à pari.
Ah ! mon Dieu, j'ai bien réussi...
ERXEST.
Jugez donc combien je dois tenir à mon projet, aujourd'hui qu'il m'est permis de m'associer à vous... d'être de moitié dans votre entreprise; nous aurons donc une fois les mêmes goûts... la même pensée... c'est une faveur trop rare pour que je ne m'empresse pas d'en profiter.
M™"' DE LUSSAN
Mais, au moins, avez-vous bien fait toutes vos réllexioiis?
ERXEST.
Oui, toutes... et puisque de votre côté vous êtes entièrement décidée... (Eroidemem rn tirant su montre.) Il CSt huit
lieures, madame...
M""" DE LUSSAX.
Déjà!...
ERNEST
J'en suis certain !...
M""' DE LUSSAN
Eh bien, monsieur... (a part.) Je n'avais pas pensé que la conversation prendrait celte tournure-là... (Emost fait ua
mouvement du côté de la table.) Ah ! grands diCUX !... CCttC falalc
l)oite !...
ERNEST
Qu'avez-vous, madame ? vous repentiricz-vous maintenant?
LE iS P 1. E t; N
M""' DE LISSAN.
Non, certainement... mais avez-vous t'ait vos adieux .. à tous vos amis?...
ERNEST
A tous... non, sans doute!... à vous, par exemple... mais ce que j'aurais à vous dire nous fâcherait peut-être encore ensemble... et nous ne pourrions plus nous raccommoder... Allons, je vais ouvrir...
M"='= DE LUSSAN
Mais un instant, Ernest! vous n'êtes pas raisonnable... VOUS n'êtes pas de sang-froid... Je vous promets que je ne me fâcherai pas... d'ailleurs, il est de ces choses qu'on ne dirait pas à tout le monde, mais qu'on peut confier à son amie...
ERXEST.
Vous le voulez...
AIR : Ce que j'éprouve uu vous voyant. îRomagnesi.) Premier couplet.
Lorsque l'on est près de mourir, On peut <out dire à son amie Sachez donc qu'avec perfidie, Loin d'elle on m'a forcé de fuir. , Depuis, gémissant en silence,
Gardant toujours son souvenir...
Hélas ! vous allez me haïr...
Mais on peut tout dire, je pense, Lorsque l'on est près de mourir.
Deuxième couplet.
Apprenez donc que mes beaux jours Se sont passés dans la souffrance, Que je l'aimais sans espérance.
Et que pourtant j'aimais toujours.
Oui, vos rigueurs, votre inconstance.
De ce cœur n'ont pu vous bannir.
Hélas ! vous allez m'en punir;
268 COMKOIES — VAUDEVILLES
Mais on peut tout dire, je pense, Lorsque l'on est près de mourir.
M"'* nE LUSSAN.
Mais, monsieur, où est la nécessité que vous mourriez?...
ERNEST
Les liens qui vous unissent... sans cela il y aurait un moyen de changer toutes mes résolutions ! mais vous ne pouvez pas l'employer.
M™'= DE LUSSAN
Et quel est ce moyen?... Quand il s'agit de sauver la vie à quelqu'un, on y regarde à deux t'ois !
ERNEST
Ce moyen serait de me dire... mais vous n'y consentirez point... de me dire (jue vous m'aimez... vous voyez bien (ju'il faut que je meure (Allant vers lu boUe.) et je vais...
M'"" DE LUSSAN
Arrêtez, Ernest! il faut vous avouer la vérité... Vous m'aimez, parce que vous croyez trouver enfin en moi une femme franche, sincère... Eh bien, pas du tout, je vous ai trompé, abusé ; le désir de vous sauver m'avait inspiré cette ruse... Je suis libre... vous voyez bien qu'il faut que vous ne mouriez pas !
ERNEST, se jelunl à genoux et baisant sa main.
Ah ! madame...