UN PAYSAN
Eli ! non, on te dit que c'est une femme égarée.
JEAN
Ah! c'est différent... je 1' prenais pour le tambour-majeur de la loterie.
(Roulement,) LES PAYSANS.
Quel vacarme ! quel tapage ! etc.
(Roulement.)
LE TAMBOCR.
KcOUteZ tous, (n Ht une affiche qu'il tire de sa pocho.) « Il a
<( été perdu, il y a huit jours, entre cliien et loup, une jeune « princesse d'une beauté incomparable. Le prince Mirobolan, « son père, fait savoir à tous ses sujets, amis et connais- « sances, qu'une récompense honnête est promise à qui lui «. ramènera sa fille chérie, la princesse Brillantine. »
JEAN
Une princesse! ah ben oui! comment la reconnaître? moi d'abord, je n'en ai jamais vu.
LE TAMBOUR
Silence ! (n lit.) Signalement de l'objet égaré :
AIK : Mes clicrs amis, pouvez-vous m'ciiscisncr. (Reaumarchais.) « Teint blanc, œil noir cl vif, nez aquilin,
LE CHAT BOTTK "211
« Taille (le quatre pieds dix pouces, « Toque d'argent, et robe de salin,
« Les cheveux bruns et les mœurs douces,
« Esprit toujours égal,
a Regard sentimental, « Brillante, malgré son jeune âge, « Et de sagesse et de vertu... »
JEAX.
Jusqu'à présent, il n'a paru Rien de pareil dans le village.
LE TAMBOUR, continuant.
« Ladite princesse répond au nom de Brillantine ; on prie « les personnes qui en auraient quelques nouvelles de les 0 faire parvenir, franc de port, au Palais Royal de la prin- « cipauté de Mirobolan ; s'adresser au surplus, pour la « récompense promise, chez tous les notaires de l'endroit. »
(Roulement; il fait placarder l'affiche.) JEAX.
Ah ! mon Dieu ! mon Dieu ! c' pauvre duc de Mirobolan ! il doit cire dans une désolation... lui qui est si bon prince!... perdre sa fille !
LE TAMBOUR
Il en a perdu la tète.
JEAX.
Là!... faire coup sur coup deux pertes dont l'une est aussi considérable... car enfin, c'était une fille unique; la défunte ne lui a laissé, je crois, que c"l' enfant-là.
LE TAMBOUR
Absolument.
JEAX.
Et se la voir enlever comme ça par un événement aussi... Sait-on comment ce malheur est arrivé ?
LE TAMBOUR, à voix basse.
On soupçonne un ogre qui habite ici près, ce terrible II. - V. 16
Bouche-de-Fer, de la tenir enchaînée dans quelque coin de' ses domaines.
JEAN
Voyez-vous ça!.. . c'est que c'est mauvais, un ogre!... et pourquoi n'a-t-on pas fait une visite domiciliaire chez le voisin ■?
LE TAMBOUR
Ah! bien oui! comment y arriver? On ne peut entrer dans ses États que pur le pont des Culbutes, que vous voyez d'ici ; et dès que quelqu'un ose le traverser, ça fait aller une cloche d'airain qui donne le signal... le pont se brise, et crac...
JEAN
J'entends! c'est une affaire coulée à fond; je n'irai pas me promener de ce côté-là... Ah çà, quel métier fait-il, ce seigneur-là ?
LE TAMBOUIl.
Il mange.
JEAN
Kh bien ! il n'y a pas de mal à ça... il faut que tout le monde vive.
LE TAMBOUR
C'est au contraire ce qu'il ne veut pas comprendre... Apprenez donc enfin... cela fait dresser les cheveux... mais silence...
AIR : Lu homme pour faire un tableau. {Les Hasards rfe la guerre '
Au premier jour, il se pourrait <Jue c' voisin-lù d'vint noire maître; Vous sentez alors qu'il faudrait...
JEAN
C'est trop juste, cela doit être!
Noir' prince est bon, l'aulro e*l méchant
Mais, pour peu qu' l'ogre nous assomme,
l.K CHAT 1)0 TTÉ "219
V'ià nol' iirincc qui d'vionl un tyran El l'ogro un parfait honnôle homme.
LE TAMBOUR, à voix basse.
Comment donc !... puisqu'on parle déjà d'une invasion...
JEA^-.
Vous voyez donc bien... il ne faut jamais dire du mal des absents, quand ils peuvent arriver !
LE TAMBOUR, aux paysans.
Allons, allons, ne perdons pas de temps, (a un paysan.) Vous, Bertrand, courez la faire mettre dans les petites afiîclies; et nous, poursuivons le cours de nos proclamations.
LES PAYSANS
Alll du vaudeville de Une yutt de tu rjaide tiuliunale.
Çà, poursuivons notre enquête ; R'ian tan plan, songeons bien à ccl;i,. Amis, récompense honnête A celui qui la trouvera.
(ils sortent.)