‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 2)Chapitre 143 sur 194 · IG · texte numérisé non relu

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il y a huit jours, vêtue de ces habits et installée tlans sa cuisine sans savoir comment j'y étais arrivée.

Allt nouveau.

Premier coup tel.

D' monseigneur je suis servante,

Je porte le tablier ;

Pourtant j' n'ai jamais, j'm'en vante,

Fait danser l'ans' du panier.

Je n' sais pourquoi j' m'imagine,

Quand on m'appelle Lison,

Que Lison n'est pas mon nom,

Et pour la port' d' la cuisine

J' prends souvent cell' du salon.

Eiiseml/le.

LISOX.

Voyez donc, voyez done, Quand on est sensible, Qu' c'est terrible D'êtr' servant' de la maison!

JEAN

Voyez doue, voyez donc, Qunnd on est sensible, Qu' c'est terrible, Pauvr' petit' mam'zell' Lison.

LISON

Deuxième couplet.

Dans r villag' dès qu' je m' présente.

Chacun dit en me voyant :

C'est elle, c'est la servante

De cet ogre si méchant.

Soudain, avec promptitude

Ils s'sauv't à travers les champs...

On cach' les petits enfants ;

C'est que J' n'ai pas l'habitude.

Moi, de l'aire enfuir les gens..

LE CHAT HOTTK i283

Ensemble.

LISON

N'oyez donc, voyez donc, Quand on est sensible, Que c'est terrible D'ctr' dans un' mauvais' maison.

JEAN

Voyez donc, voyez donc, etc.

Voilà qui est singulier ! et comment ne cherchez-vous pas à ((uitler un maître aussi voraee, qui, à défaut de diner, est capable de manger la cuisinière?... surtout quand elle est comme vous, gentille à croquer! il n'en ferait ((u'unebouchée!

LISOX.

Comment lui échapper? il me trouverait toujours, puisqu'il est sorcier et qu'il a pour parrain le puissant Pendanfilando, le plus grand enchanteur du pays... D'ailleurs, ce n'est pas un ogre comme un autre.

Allt : .Ma belle est la belle des belles. {Arlequin Musard.) Premier couplet.

En vers comme en prose il s'escrime, Il est doucereux et léger; C'est toujours à ceux, qu'il estime Qu'il fait l'honneur de les manger.

C'est un convive fort aimable, Un ogre de bon ton enfin, Bienfaisant quand il sort de table Et sobre quand il n'a plus faim.

Deuxième couplet.

De son jardin les avenues Offrent les groupes les plus beaux :

Il a des tableaux, des statues, Des porcelaines, des magots.

JEAX.

Quoi I malgré ses goûts égoïstes.

Les talents fixent ses regards !

284 COMÉDIES VA LUE VILLE s

LISON

Il mange parfois les artistes,

Mais il protège les beaux-arts.

11 m'a dit comme ça ce matin : Lison, vous irez à la ville, au marché, vous me prendrez un lièvre, deux perdreaux, six douzaines de mauviettes, des gâteaux d'amandes, un baba et un paquet de cure-dents; j'avais exécuté tout cela bien fidèlement, et voilà votre maudit chat qui est venu me voler jusque dans mon panier!

JEAN

Et qu'est-ce qu'il vous a donc pris?

LISOX.

Je n'en sais rien; attendez que je fasse l'inventaire; voulez-vous m'aider?

JEAX, s'assevant sur un banc.

Comment donc! tenez, mes tçenoux seront le buffet.

LISON, agenouillée, prend dans son panier qui est à terre et met ce qu'ellf en relire sur les genoux de Jean.

Voilà le lièvre, les perdreaux, le baba...

JEAN, regardant le biba et le flairant.

Dieu! queu mine! je suis sûr que c' gàteau-là est à la tlcur d'orange...

LISON

VAi bien ! qu'avcz-vous donc?

JEAN

Ilicn, je me disais seulement que votre maître était bien heureux... il parait qu'il déjeune tous les jours.

LISON

Ah ! mon Dieu ! est-ce que par hasanl vous n'auriez point...

JEAN

Pas encore d'aujourd'hui, mais tout cela se retrouvera.

LE CHAT BOTTK 285

LISON, lui offrant lo bnbn.

Ah! monsieur, je vous en prie, vous ne voudric?: pas me refuser... moi, (;a me ferait tant de plaisir de vous voir manger !

JEAN

Certainement, mademoiselle, ce serait un plaisir que je partagerais. (Prenant lo biiba et y mordant.) J'aurais parié que c'était de la pâtisserie fine.

Mit : Je loge au qualriéme Otage, (te Ménacje de garçon.)

(En la regardant.) Rieu n'est égal, je vous le jure, A ce que j'éprouve aujourd'hui...

(Mangeant.) Vraiment... c'est de la confiture, Ah! qu'elle est bonne !... et vous aussi!...

Lisox.

N'allez pas si vit', prenez garde, Donnez-vous un peu de répit.

JE.\N, regardant toujours Lison, plus tendrement. J'ai beau n-anger, plus je vous r'garde. Plus j' me sens naître d'appétit.

Je me dépêche, car je vous retarde là.

LISON

Oh! j'ai le temps! en prenant par le pont des Culbutes, je serai tout de suite arrivée.

JEAX, tenant la gîUoau en l'air.

Comment! mam'zelle, vous allez sur ce pont-là... et la cloche ?

LISON

Ne craignez rien ; j'ai un laissez-passer, parce que notre maître ne souffrirait pas que ses gens... car du reste il est assez bon homme... pourvu qu'on ne s'attaque pas à sa personne ou qu'on ne touche pas à son dîner; ah! par exem-

283 COMKDIES VAUDKVII.LKS

pie 1 son dincr... ce sont Jà les seules choses sur lesquelles il n'entend pas raillerie.

JEAN, s'arrèlnnt et jetant son baba.

Ah ! mon Dieu, et moi qui viens de manger...

tISON.

C'est vrai, je n'y avais pas pensé, je vais être grondée, peut-être pis que cela... mais c'est égal, je ne m'en repens pas.

JEAN

Et moi, je suis désespéré... ce déjeuner va me rester là... Si ce vilain ogre se fâche... vous lui direz que c'est moi... Jean, entendez-vous... Jean de mon nom de famille.

LISOX .

Je tâcherai qu'il ne s'en aperçoive pas... puisqu'il n'y a qu'un gâteau, je pourrai peul-iMre bien... ce n'est pas comme s'il y avait...

(Pendant cela, le chat s'est encore approché du panier et a pris le lièvre et les deux perdreaux.) LISOX, se retournant.

Ah, mon Dieu ! le v'ià encore... Au chat ! au chat! (Le ci.at se sauve.) Si je l'attrape !... il m'emporte mon lièvre et mes deux perdreaux... aussi, c'est vous qui êtes là à me faire causer !

JEAN

Ah ! mam'zelle !

LISON

Je ne vous écoule plus, cl j'omporle mon panier, il y a trop de danger.

AIR : Pauvre petit, il est Iransi. (Henaud d'AsI.) JEAN.

Arrî;lei-vous ; cncor deux mots ..

LlSON.

Non, non, je iierds me? deux iierdreaiix.

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