‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 2)Chapitre 152 sur 194 · SCENE XI · texte numérisé non relu

SCENE XI

Lks mêmes; un GARDE.

LE GARDE

Monseigneur, c'est fait de nous !

TURCAMORE, reculant Je trois pas.

Qu'y a-t-il?

LE GARDE

L'alarme est dans le canton ; on vient d'apercevoir un géant, le maître d'iiôtel de l'ogre, enfin, qui va à la provision.

DESASTUCES, TURCAMORE et MIROBOLAN, tremblants.

A... à... la provision.

TURCAMORE, nu garde.

Eh bien! qu'est-ce ({uo cela prouve, imbécile ?

DESASTUCES.

Ça prouve que quand il va à la provision... il est toujours éclairé par un régiment de piqueurs armes de lardoires... et il se dirige de ce côté.

(Musique.) MIROnOLAN.

Ail! mon Dieu, que faut-il faire ?

DESAbTUCES.

Jo n'en sais rien.

TURCAMORE, tremblant.

M moi non plus; parce (jue contre un régiment, il n'y a pas moyen de... ali ! ah !...

.MIHOIIOI.W.

Et vous, monsieur le marquis, que pensez-vous ?

Lli Cll.VT liOTTK ll'dO

JEAN

Mais moi, je pense... (leniaiulez ù mon chat... c'est mon conseiller orclinaire.

MIROliOL.VN.

Et bien, seigneur cliat, que fericz-vous à notre place?

LE CHAT

Mais moi, assez ordinairement, ([uand on me poursuit, je me sauve.

MIROBOLAN.

C'est bien là aussi notre plan d'attaque, mais comment so sauver ?

LE CIIAT.

En traversant ce pont.

JEAN, l.as.

Oui, et la cloche?

LE CHAT, bas.

Tais-toi donc, a Mirohoian.) Vous vous trouverez chez M. le marquis de Caral)as, qui sera enchanté de vous recevou" dans ses domaines.

JEAN, le tirant par la (lueue.

Mes domaines... y penses-lu ?

MIROUOLAN.

Comment, marquis, vous avez des terres de ce côté ? ■

LE CILVT,

Voyez plutôt :

(U étend la pstte rl'écriteau sur lequel 0,1 écrit : Limilcs des Etats du seigneur Bouche- de-Fer se change, et on y lit : Limites des Etats dn marquis de Carabus.)

JEAN

Ah ! mon Dieu !

MIUOBOLAX, effrayé.

Celle l'ois, je ne me trompe pas... \'oici la cavalerie, et nous n'aurons jamais le temps.

300 COMÉDIES — VAUDKVILLES

LE CHAT

Laissez donc! l'équipage de mon nmilre n'esl-il pas à votre service! (Appelant.) La voilure de M. le marquis!

(La voiture parait, escortée par six chats bottés, le fusil sur l'épaule.) MIROBOLAN.

Comment donc! c'est un superbe... landau... cl qu'estce que je vois là?...

LE CHAT

N'ayez pas peur, c'est le rôc^imcnt dos gardes de M. le marquis.

MIROBOLAN, regardant dans la coulisse.

Us avancent, (courant ù la voiture et s'y plaçant.) Ma t'oi, marquis, je ne ferai point de façons.

JEAN, montant aussi et s'adrossant à Turcamore et à Desastuces.

Je suis désolé, messieurs, qu'il n'y ait que deux places.

TURCAMORE.

Laissez donc; on a toujours des places quand on a de l'esprit et qu'on n'est pas fier...

(il monte derrière la voiture, ainsi que Uesastuces , la voiture part, suivie de tous les gardes, et disparaît. Les arbres sotit couverts de chats de grandeur ordinaire, qui avertissent le chat botté de l'arrivée des ennemis. Le chat botte grimpe au poteau oii la cloche est suspendue, s'y accroche d'une patte et do l'autre arrête le battant. La voiture reparaît sur le pont et le traverse. Des paysans effrayés paraissent fuir A l'approche du maître d'hôul. l'n instant aprèsarrive le cabriolet diimallro d'hôtel, entouré de cavaliers. Le chat saisit la corde et sonne la cloche avec force- Le pont se brise et engloutit le malti-e d'hdtel, le cabriolet et les cavaliers. L'eau du fleuve se change en feu. Pendant ce temps, on aperçoit dans le lointaia la voiture du marquis qui s'éloigne. Les paysans reparoissent de différents côtés. — La fin do cette dernière scène et toute celte pantomime sont occompagnécs par des fragments de l'ouverture du Jeune Henri. — Au dernier tableau, les paysans chantent le chunir suivant.)

LES PAYSANS

AIR do la chasse du /««ne Henri.

Que tout r canton se divertisse, Le maîtr' d'hùtel ne r'viendra pas

De c' faux pas !

Au fond des enfers qu'il rôtisse, Ce n'est qu'un jeu, 11 doit êtr' fait au feu.

Le ciel lui devait ce supplice, Car les méchants Se inctl'nt toujours dedans.

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