SCENE II
PETITLAID, REINETTE, LESTOUFER.
(L'orchestre joue l'air: C'est laprincesse de Navarre.) RF.IXETTE.
Vous faites, Lestoufer, une belle besogne ! Nous partons pour errer dans le bois de Boulogne, Et de notre cocher les chevaux étourdis S'arrêtent, tout à coup, à ce vilain taudis... Où sommes-nous, mon cher?
LESTOUFER.
Votre cœur le devine.
C'est l'endroit oi l'on fit coffrer votre cousine.
REINETTE
En quoi! de mon bon cœur ici se plaindrait-on? Je pouvais l'envoyer tout droit à Charenton, J'en avais le pouvoir; eh bien! je me contente De l'enfermer ici, vu qu'elle est ma parente; Et des ingrats, bien loin de me remercier. M'accusent !... Cependant elle est folle à lier.
LESTOUFER.
Sa folie, entre nous, n'est rien qu'une vétille.
REINETTE
Pourquoi sigi:àtes-vous au conseil de famille?
LESTOUFER.
J'ai signé... j"ai signé, pour vous faire plaisir. Et comptant ([u'avec moi vous alliez vous unir; .Mais vos nombreux amours, votre vague tendresse, M'ont prouvé que j'avais compté sans mon hôtesse : Du boulanger du coin, du peintre, du doreur. Je dirai même plus, de ce mniire brasseur.
MAHIK JOHAKU
Vous accueillez les soins et les vœux témé'*aires, Enfin nous sommes cinq époux surnuméraires. La guinguette à Marie a droit de revenir, Et je songe toujours, madame, à m'établir : Voilà pourquoi je tais ici le bon apôtre,
REINETTK.
Je vois, monsieur, je vois, quel amour est le vôtre.
LESTOUFEK.
Je suis ambitieux, je le dis derechef.
Et je me lasse enfin de n'être que sous-chef.
REINETTE
Oui, ma cousine et vous, tous deux je vous soupçonne ; Vous êtes un gaillard, et c'est une luronne ; Vous aimez ma famille et vous auriez dessein D'être ici mon époux, ainsi que mon cousin.
(L"oiclicslre jouL- l'air ; Tu n'uuvus pas, p'iil pulisson.) LESTOUFi R.
-Marie eut ma tendresse, elle est mon ex-amante, J'en conviens... Je vous vis, vous étiez plus puissante; Quand on est, c'^'mme vous, sûre de l'emporter, Je ne puis concevoir ([u'on craigne de joîiter : Voyez-la, vos attraits vous donnent de la marge, Et de la protéger faites du moins la charge. Je l'ai lu dans vos yeux, je vais vous annoncer...
REIXETTE.
Eh bien donc, j'y consens, si ça peut la vexer.
LESTOUFER, lui donnant la main.
C'est par là...
REINETTE
Quel clienil! ma mise est trop soignée Pour aller l'exposer aux toiles d'araignée.
LESTOUFER.
Eh bien! si le plaisir delà voir vous est cher.
34i COMÉDIES — VAUDKVILLES
Dites eu ce momenl qu'elle peut prendre l'air ; Dans le jardin anglais vous llànerez vous-jnême, Et vous vous trouverez comme mars en carême.
REINKTTE.
Vous êtes bien laalin ! je me laisse tenter, Car je n'ai jamais su, mon cher, vous résister.
(L'orchestre joue l'air : Allons, donnez- moi le bras.)
ACTK TROIS] KM i:
Un jardin.