‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 2)Chapitre 181 sur 194 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

MARIE, sur lo devant de la scèno, LhjSlOUrER, quelques pas derrière elle, et REINETTE, dans le fond, parlant à Petitlaid.

REINETTE, tenant à la main son ombrelle ouverte.

Fort bien, cher Petitlaid, je vais voir le jardin ; Faites à votre porte attendre le sapin.

(Avec hauteur. )

Dites-lui qu'on le prend à l'heure !

SAS COMÉDIES — VAUnE VILLES

MARIE, ù part.

Dieux ! quel faste !

Quelle magnificence !

REINETTE, regnniant le jardin.-

II paraît assez vaste.

(Apercevant Jlarie.)

Mais quelle est cette femme?

LESTOIFER.

Attendu qu'en ces lieux Il n'en est qu'une, on peut deviner qui.

REINETTE, feignant l'étonnement.

Grands dieux !

Me mettre au vis-à-vis d'une... dévergondée !

MARIE, à part, se retenant.

Je bisque en ce moment, on n'en a pas d'idée !

LESTOUFER, bas à Reinette.

lîllc est humble et tremblante, et son cœur est louché!...

REINETTE, la regardant et élevant la voix.

Vous croyez ?... On dirait plutôt d'un coq fâché.

MARIE, s'avançant vers elle d'un air soumis.

Eh bien, puisqu'il faut donc avouer ma débine...

(En hésitant.) .

Cousine...

LESTOUFER, bas à Reinette.

Allons, trouvez quelque rime à cousine.

MARIE

Excusez mes propos, quand à vous j'ai recours.

'Fl(^chissant le genou.)

Relevez ina personne, et non pas mes discours.

REINETTE, sans lui tendre la main.

C'est lr('";-bien, mais ])lus bas. plus bas encor.

LESTOLFER, ù Reinette.

De grâce !

MARiK .lonARn 349

REINETTE, regardant quelque temps Marie qui est à deux genoux.

(L'orchestre joue l'air : Si roui ratez à cette place.)

Nous voilà, l'une et l'autre, enfin à notre place !

MARIE, à part, en se relevant.

Ail ! son orgueil, je crois, plus qu'elle a d'embonpoint.

REINETTE

Parlez, mais soyez brève et ne divaguez point.

MARIE

Ai-je bien pu l'entendre? elle a dit : Soyez brève!... Ah ! contre un tel arrêt souffrez que je m'élève. Un silence assidu, gardé depuis un mois, De bavarder un pou m'a bien donné les droits! Nièce du grand Jobard, comme vous héritière, .le pouvais du gâteau demander part entière, Quand vos hommes de loi, qui sont peu gens de bien, Donnèrent en partage à vous tout, à moi rien ! Mais la justice est juste et je dois y souscrire ! Dans ces lieux cependant à quoi bon me conduire? Craint-on, en me laissant la bride sur le cou, Que je mange mon bien, moi qui n'ai pas le sou? M'accusanl de folie, un geôlier malhonnête Pour ravoir mon bon sens me fait perdre la tête ; Qu'ai-je fait, qu'ai-je dit, pour mériter vos coups? Voilà pourtant mon sort; parlez et jugez-nous!

REINETTE

Que me chantez-vous là?... deviez-vous vous permettre Des cancans scandaleux faits pour me compromettre?

MARIE

Sur vous je me taisais.

REINETTE

Vous me l'aviez promis, El pourtant ce festin où vous et vos amis...

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