‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 2)Chapitre 3 sur 194 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

LA COUPE, BARBOTEAU.

BARBOTEAU.

Bonjour, pure La Coupe ! j'étais en relard avec vous, je viens visiter votre établissement.

LA COUPE

11 ne fallait pas vous presser.

BARBOTEAU.

Si fait... je dois m'assurer si tout est conforme à l'ordre, car je suis essentiellement moral, moi... par inclination d'abord, et ensuite par état... Vous sentez qu'étant à la fois inspecteur maritime et commissaire de mon quartier, je suis chargé de faire respecter les moeurs sur la terre et sur Tonde, ce qui fait de moi en quelque sorte un fonctionnaire amphibie.

LA COUPE

Ah! vous êtes amphibie, monsieur Bar'ioteau... et qu'estce que c'est que ça, amphibie ?...

BARBOTEAU.

Amphibie, mon garçon, c'est un poisson qui mange à deux râteliers. Ah çà ! commençons mon inspeclion.

Allt c!u viuulcsillc df Partie carrée.

Notre bateau...

LA COUPE

Très-solide, je pense.

BARBOTEAU.

El vos baigneurs sont-ils en ?ùrcté ?

LA COUPE

D' l'eau jusqu'aux g'noux, je connais l'ordonuoncc. BARBOTEAU.

Bien, passons tie l'autre côté.

LA COUPE

• Ah! celui-ci, c'est le coté des femmes. BARBOTEAU.

Saclions borner ici nos attributs; Depuis vingt ans, mon cli(>r ami, les dames Ne me l'egardent plus.

(Après avoir examiné avec son lorgnon.)

I*èrc La Coupe, je suis Irès-content de vos bains, il y aurait de l'injustice à les comparer aux bains Montesquieu et aux bains du Mail, mais c'est égal...

I A COUPE

Ils tiendront peut-rtre plus longtemps.

Ain du ballet des l'ierrols.

Ici, je n' faisons pas d' dépense, Tandis qa' chez eux, c'est un fracas, Un luxe, une magnificence Oui bientôt vous les coulent bas ; Moi sans frais j'attire la foule, Et mon élabliss'menl tiendra Tant que la Seine coule, coule, Tant ([lie la Seine roulera.

l.ES UAIXS A LA PAl'A

lî.VllUOTLAU.

Vu la chaleur et raclivilé que je mels dans mes fondions, je ne serais pas fàclié de juger par moi-mrme de la qualilé de l'eau.

• LA COUPE

Voulez-vous un cachet?

BARBOTEÂU.

Moi!... je n'en ai pas besoin.

LA COUPE, à part.

Des pratiques comme ça!...

IIARBOTEAU.

Si l'on m'apportaii des nouvelles de mon iils^ vojjs- me feriez avertir.

LA COUPE

Est-ce que vous êtes inquiet de monsieur votre tils?

BAUBOTEAU.

Que ça vous serve de leçon ! vous croyiez peut-être que d'être inspecteur, d'être commissaire suffisait au bonheur?... Détrompez-vous... par malheur, on est père, et le chapitre des aifeclions!... Connaissez-vous mon fils Moutonnet ?

LA COUPE

Je n'ai pas cet honneur-là.

BARBOTEAU.

Un enfant doux comme un agneau... je ne sais quelle amourette lui a tourné la tète... hier il s'est enfui de ciica moi : fugit, evasit, eriipit.

LA COUPE

Ça se retrouvera dans le quartier... un fils de commissaire, ça ne peut pas être perdu.

BARBOTEAU.

AIR : Eh ! ma mère, est-c' que j' s.iis ça Malgré son doux caractère, C'est pour la seconde fois

Qu'il abandonne son père

Pour je ne sais quel minois.

Je renonce à la nalurc,

Aussi cet enfant gâté

N'est plus mon fils, je le jure,

Et ne l'a jamais été. '

Je vais noyer mon chagrin dans le sein d'Amphitrile. Je vous recommande la surveillance ; songez que je ne veux pas de train sur la rivière.

(U entre du cùlé des hommes.)

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