SCÈNE PREMIÈRE
BIRTOjN, étendu sur une chaise et lisant un journal, MACARi\,
ROBIN
MACARTy, s'asseyant dans une bergère.
Ça m'est égal, j'attendrai; voilà trois fois que je viens pour parler à lord Arthur, et je lui parlerai.
ROIÎIX, entrant.
C'est une horreur ! une infamie!
BIRTON.
Qu'est-ce que c'est donc qu'un tapage comme celui-W !
13S COMÉDIliS — VAUDEVILLES
Roliin, vous voulez donc réveiller tout le monde au châteiu?
ROBIN
Comment, monseigneur dort encore à une lieure de l'après-midi ! Dieu de Dieu ! qu'on est lieureux d'ûtre grand seigneur et de n'avoir pas le temps de se lever plus tôt !... moi qui veux lui parler...
MACARTY, brusquement.
Et moi aussi, et vous voyez que j'attends.
ROBIX.
Vous qui êtes un (étranger, c'est bon ; mais moi, son frère de lait et son jardinier, j' devrais passer avant tout.
BIRTON.
Que veux-tu?
ROBIN
J' viens lui demander justice ; tenez, monsieur Birton, vous qui êtes son ami, imaginez-vous que le collecteur, le percepteur... je ne sais pas lequel, ont dressé procès-verbal pour un lapin que j'avais tiré dans 1' parc, et ils m'ont pris mon l'usil sous prétexte que c'était la troisième fois qu'on me pardonnait ; j' vous demande si ce n'est pas un abus !
BIRTON.
C'est bien fait! pourquoi vas-tu tirer sur les lapins de ton imaître ?
ROBIN
Mais dame, i)uisqu'il n'en lue pas !
BIRTON.
■Qu'est-ce que cela fait ?
ROBIN
Alors, qui est-ce qui les tuera ?
AIH : Tenez, moi je suis un bon homme. (Ida.)
Y'ià justement pourquoi j'enrage :
Qu'il nous laisse au moins ce soin-lù:
Vous savez bien que c'est l'usage
El qu'ici-bas le ciel plaça
L' collecteur pour cire intraitable,
Les vassaux pour êlro grugés,
Les grands seigneurs pour êtra à table,
Et les lapins pour clr' mangés.
C'est leur étal... mais voyez-vous M. le comte se promenant clans son parc? T'nez, v'ià comme il va à la chasse...
'il mot ses mains dans ses poches.) Ct puls quand il a fait UIl
tour d'allée, il rentre au château, s'étend dans une bergère, et s'occupe à se démonter la mâchoire. Corbleu ! que v"l;i un seigneur qui aune vie agriable!... Quand je vois i;-à, ça me met dans des fureurs de n'être que jardinier.
BIRTOX.
lih bien ! ne faudrait-il pas aussi que tu fusses seigneur !
ROBIN
Dame ! tout comme un autre.
BIRTON.
Allons, allons, va travailler.
ROBIN, à part.
Travailler, iravailler, ils n'ont que ça à vous dire, rien (pie ce mot-là... ça me fait mal... (iiaut.) Dites donc, monsieur Birlon, vous vous chargerez de mon affaire ?
BIRTON.
C'est bon, c'est bon, on va s'en occuper sar-lc -champ.
MACARTV, à Robin qui s'en va.
Ah çà, mon cher, je vous en prie, tachez de savoir si votre maître se réveillera aujourd'hui.
ROBIN, imitant Birlon.
C'est bon, c'est bon, on va s'en occuper sur-le-champ.
(il sort.)