‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 2)Chapitre 75 sur 194 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

M.\RIK, ARL'NDEL, ROBIX, et l'LusiEuas Paysans .[ui

, entourent AriinJel.

ARUNDEL

Ain : AU ! quoi phiisii- ! (Jeaiiiiot et Colin.)

Ah! quel plaisir de vous revoir, Lieux chéris de mon enfance !

Ah ! quel plaisir de vous revoir, Après une aussi longue absence!

Séjour de ma jeunesse,

De mes premiers plaisirs;

Ici je vis sans cosse

Ue mes vieux souvenirs.

Mes aiïus, quelle ivresse !

Pour mon cœur quel plaisir !

Ensemble.

ARUNDEL

Séjour de ma jeunesse, etc.

LES PAYSANS

Séjour de sa jeunesse.

Do ses premiers plaisirs; 11 iclrouve sans cesse Tous ses vieux souvenirs.

ARUNDEL

Wos bons amis! mes chers amis ! combien je suis aise de vous revoir... Eh! c'est Kobin, le fils du jardinier... Je ne l'aurais pas reconnu.

ROBIX.

C'est vrai ([ue je suis jolimenl grandi !

ARUNDKL.

Ce pauvre Robin! (A part.) H a toujours l'air bète.

ROBIN

Ça n'a lait que croître et embellir,

ARUXDEL, montrant Marie.

Ehl quelle est cette jolie personne?

ROBIN

C'est Marie, cette orpheline que M. le comte avait recommandée en mourant à lord Arthur, son iils,

ARUNDEL

Je sais, je sais; cette petite tille... Diable! c'est que depuis cinq ans ce n'est plus cela. Tenez, mes amis, voilà toujours

de quoi boire à ma santé. (Les payans sortent. — Regardant autour

de lui.) Quel plaisir j'éprouve à revoir ces lieux ! C'est ici que j'ai passé ma jeunesse avec ce pauvre comte Derfort, mon brave, mon respectable ami, l'honneur de son pays, la gloire de sa famille. 3Iais j'espère que son fils, que lord Arthur sera digne de lui... Je lui ai entendu prononcer son premier discours au parlement, et j'étais à côté de lui quand il tut blessé en Portugal, à la tète de son régiment.

AIR : Il n'est pas temps de nous quitter. {Vollaire chei .Mnon.)

Grâce à nos soins, à nos avis, Grâce à l'exemple de son père, 11 servait déjà son' pays Comme un citoyen doit le faire ; Soldat, orateur à la fois, 11 consacrait, dès l'âge le plus tendre,

ScHiBE. — Œuvres complotes. 11'^ biirie. — i)'"*? Vol — n

14G COMÉDIES VAUriKVIM.KS

Sa voix à proclamer nos droits EL son épéc à les défendre.

(Uegardanl autour de lui.)

Mais pourquoi n'est-il pas là pour me recevoir?.,. Non pas que je tienne à rcliquelte, mais je tenais à l'embrasser le plus tôt possible.

ROBIN

Dame ! c'est qu'il n'est pas encore levé.

ARUNDEL

Comment! pas encore levé!... Serait-il malade, par hasard?

Oui, monsieur, oui, je le crois bien malade.

ARUNDEL

Parbleu ! j'arrive bien heureusement. Dieu merci, je m'entends à tout... et surtout en médecine... Conduisez-moi vers ce pauvre Arthur... mais dites-moi, avant tout, quelle est l'espèce de sa maladie, et depuis combien de temps.. Hein?... Eh bien! vous gardez le silence?

ROBIX.

C'est qu'elle n'ose pas vous dire que la maladie do monseigneur, c'est...

(il se met à l)i"illIor. ) ARLNDEL.

Que veut dire cet original avec ses bàillomenls?

ROBIX.

Dame! monsieur, vous devez l)ien voir, d'après ces symptômes, qu'il est malade de ne rien faire... et je troquerais bien sa maladie contre ma santé.

MMUE.

Ilélas! oui. Depuis que noire pauvre maître a ou le malheur de se voira la tète de trois cent mille livres de rente, il n'est plus reconnaissabic ; la première année, qui était celle de votre départ, ça allait encore bien.

AIR des Yisilandines.

D'êlre lieiireux, joyeux cl content

Il avait d'abord la recette;

Tout allait bien, grâce à l'argent,

Et dans c' pays, où tout s'achète.

Il achetait de la santé,

Il ach'tait d' l'amour vif et tendre,

Il ach'tait plaisir et gaîté ;

Mais dam', quand il eut tout ach'té,

On n'eut plus rien à lui vendre. %

ROBIN

Et alors il resta de là, ne sachant plus que l'aire.

MARIE

Vous oubliez tout le bien qu'il a fait ici à ses vassaux.

ROBIN

Oui, SOS vassaux! il s'en occupe joliment: on ne peut seulement pas tuer un lapin sur ses terres.

MARIE, avec vivacité.

Robin ! vous êtes un mauvais cœur, et ce n'est pas à vous à parler; vous, pour qui il a mille fois Iroj) de bontés ! Lord Arthur est sensible, gén 'reux plus qu'on ne croit; et il e,st étonnant que les personnes qui devraient le défendre soient [es premières h l'attaquer à lui faire perdre tous ses amis...

ARLNDEL.

Non, non, il en a encore, je le vois; mais Robin a raison, et j'ai bien fait d'arriver pour traiter le malade; moi, mes ordonnances ont toujours réussi, et à moins qu'il ne soit dans un état désespéré... Mais je vais d'abord commencer par moi, car j'ai une faim d'enfer... Conduisez-moi à la salle à manger, et surtout ne lui dites pas que je suis arrivé.

On vous attendait plus tôt.

ARUNDEL

Oui, je suis en retard ; à (piehiucs milles d'ici je me suis

arrêté chez Tom, l'ancien garde-chasse; il y avait de la brouille dans le ménage, je les ai raccommodés en passant; moi, ça me fait du bien, ça me tient en haleine; mais ça n'empêche pas d'avoir faim.

Allt : Mon cœui' à respoir s'abaadonne. {Caroline.)

Puisque votre maître sommeille, Mes amis, loin de le gêner, En attendant qu'il se réveille, Je vais trouver le déjeuner.

Quand le matin on rend service, On mange mieux, à ce qu'on dit, Et grâce au ciel qui m'est propice, J'ai toujours eu bon appétit.

Puisque voire maître sommeille, etc.

(il sort avec Robin.)

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