SCÈNE VI
MARIE, puis ARTHUR.
M.VRIIÎ.
VA nous, préjjarons ce qn'û faut ;\ monseigneur; ali ! mon
Dieu, le voici ! ( Artliur pnralt en négligé et comme un liommo qui vient de se lever; il morclio nonchalamment, arrive jusqu'au bord du tliéd-
tre, étend lea bras.) Voilà pouitant commc il commencc toujours la journée, et souvent comme il la finit.
ARTHUR, sans regarder Marie.
IIol;\! queliiu'un! ([uelle heure est-il?
MARIIC, timiilomont.
Deux heures,
ARTin R.
Deux heures!... Comment, il n'est que cela? les journées n'en iiuissent pas... lïh bien, mon déjeuner!
MARIE
VoilM, monsoignour.
(Elle npproche la tnblo sur laquelle ost lo tlié.; ARTHUR.
Ah ! c'est toi, ma petite Marie., (a part.) C'est une excellente fille que Marie ; elle me gronde quelquefois; mais quand j'ai causé le malin avec elle, il me semble que je suis plus content le reste de la journée.
MARIE
Mon Dieu, monseigneur, vous vous êtes levé bien tard aujourd'hui.
ARTHUR
AIR : Dos plaisirs promis à la terre. {Àrislrppe.
Le jour trop long me fatigue et m'ennuie,
Et je l'abroge de mon mieux;
Suc les chagrins de cette vie, Je l'avoùrai, j'aime à fermer les yeux. De cette erreur où le sommeil me plonge
Pourquoi voudrais-tu me priver?
Le bonheur n' xiste qu'en songe,
Et je m'endors pour le trouver,
MARIE
Vous avez beau dire, il y a des gens tout éveillés qui le rencontrent,
ARTHUR
Eh! parbleu, je ne demanderais pas mieux; mais ce bonheur dont chacun parle, où est-il? où le trouver"? Je t'en fais juge: je l'ai cherché à la cour, on n'en avait pas de nouvelles; dans les emplois, dans les places, il partait le jour même qu'on y entrait ; dans les piaisirs, dans la dissipation, on croyait le saisir, on ne rencontrait que l'ennui, 'et même près des femmes... Les femmes de la ville, tu ne peux pas l'imaginer, toi, Marie, combien elles sont coquettes !
150 COMÉUIKS — VAUUEVII.LES
MARIE
Eh bien, pourquoi vous adresser à celles-là? Il eu est taat d'autres que leur naissance, leur fortune, rendaient dignes de vous.
ARTHUR
Tu crois, 3Iarie?Il est de fait que ce mariage qu'on me proposait...
marie:.
Un mariage ?...
ARTHUR
Oui, c'était fort convenable.
MARIE, vivem. nt.
11 faut accepter, monseigneur.
ARTHUR
Oui, mais je n'ai pas d'amour pour la personne.
MARIE, avec joie.
Ail ! vous n'avez pas... Alors, voilà qui est bien différent ; et je ne peux pas vous conseiller... Cependant...
Ain (le Toberne.
Je parirais d'avance Qu'elle vous chérira; Et, par reconnaissance, Votre cœur l'aimera.
De ce mal qui vous gêne On est bientôt guéri Quand l'amour vous enchaîne ; Car on dit qu'avec lui On peut avoir d' la peine, Mais jamais de l'ennui, Non, non, jamais d'ennui.
ARTHUR
Marie, tu es fort aimable, et surtout de bon conseil; et peutôtre aurais-jc suivi celui (pic tu me donnes, s'il ne m'était pas venu une aiilrc idée, un autre projet ipii, je
crois, assurera encore plus ma Iramiuillilé ; et j<" suisétonni; (le n'y avoir pas pensé plus l(')l.
MAIUE.
Monseigneur, ce projet-là doit-il vous éloigner de nous?
ARTIILU.
Oui ; mais je ne partirai pas sans avoir assuré votre bonheur à tous, et à toi surtout, ma bonne petite Marie; mais nous nous reverrons aujourd'hui.
MARIE
Aujourd'hui, non ; je vais à Falkirk pour porter à mon oncle la petite pension que vous lui laites; Robin voulait m'accouipagner, mais je n'ai pas voulu, et j'irai seule.
ARTHUR
Ainsi je ne te verrai plus d'aujourd'hui.
MARIE
Non, monseigneur; mais demain.
ARTHUR
Oui, demain... Adieu, Marie ; je te remercie de ton amitié, de l'attachement que lu me portes ; mais, après mon départ, tu penseras er.-'ore quelquefois à moi, n'est-ce pas ?
MARIE
Oh ! toujours.
ARTHUR
Adieu, .Marie.
(U l'embrasse.) MARIE.
Adieu, monseigneur.