‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 2)Chapitre 78 sur 194 · ARTHUR, ARUNDEL · texte numérisé non relu

ARTHUR, ARUNDEL

ARUNDEL

Voilà une charmante lille, pour laquelle j'ai une affection toute particulière.

• ARTIllIl.

Comment! lu la connais?

ARUXnEL.

Parbleu ! depuis une heure que je suis arrivé, est-ce que je u'ai pas eu le temps de faire connaissance, de revoir tous ^cs anciens vassaux, et de recevoir sept ou huit pétitions?... Les voilà... je t'en parlerai tout à l'heure, et il faudra bien que tu accordes, car je suis toujours solliciteur, et surtout tenace en diable 1 Mais voyons d'abord dans quel état sont tes affaires.

ARTHUR, (l'un oir insouciant.

Mais... je crois que cela va bien.

ARUXDEL.

Il paraît que tu n'en es pas sûr ?

ARTHUR

Ma toi, non: mais toi qui parles...

ARUNDEL

Moi, c'est différent, je n'ai jamais eu beaucoup d'ordre, et je ne sais pas trop où j'en suis; je crois même que j'ai par le monde quelques lettres de change ; mais enfin elles arriveront, et on verra bien.

A m de Lanliirii.

Qu'un autre aux calculs s'abandonne; Moi, mon budget est facile et léger ;

Je reçois moins que je ne donne,

Et j'emprunte pour obliger. (B/.ç.) Je puis compter quelques dépenses faites; Je puis compter des services rendus; Bref, j'ai doublé mes amis et mes dettes : Voilà l'état de tous mes revenus.

Mais, que veux-tu ? je suis garçon, je n'ai pas d'enfants, je me fais une famille ; j'ai le défaut de me mêler un peu de tout, il est vrai, mais comme c'est pour rendre service, on veut bien me le passer.

ARTHUR

Et qu'est-ce que cela te rapporte?

1 ô î C 0 M K U ( K s \ A V I) K V I L LE S

ARUNDEL

Le plaisir d'obliger, c'csl une spéculation comme une autre : dès que j'arrive quelque part, je vois un air amical, des figures ouvertes, le sourire sur les lèvres. On me paye en bon accueil. Si tu savais comme ils m'ont reçu dans le pays!... Vrai, je leur redois quelque chose.

ARTHUR

Je vois que tu es toujours le même; aussi tu étais dif^ne d'clre heureux.

ARliNDEL.

Et pourquoi ne le serais-tu pas autant que moi? Je sais que tu as des chances contre loi : lu es liche, tu es grand seigneur ; mais qu'importe, morbleu ! le bonheur est partout.

ARTHUR

Non pas pour moi, et si tu veux que je t'ouvre mon cœur, je suis le plus malheureux des hommes.

ARUNDEL

J'y suis! (|uol(iue passion?

ARTHUR

Non.

ARUNDEL

C'est donc quelque chagrin bien prolond, quelque accident imprévu?

ARTHUR

Plût au ciel! -Mais tout seml)le au conlraiie sourire à mes vœux.

ARUNDEL

J'entends eulin, tu es imihule do ton propre bonheur.

ARTHI R.

Oui, je t'avoue ipic l'ennui est le plus insupportable de? lardeaux, que l'existence m'est ;\ charge, et que je t'ailciidais pour le l'aire part de mes résululions : lu élais l'ami

cl(> iiiMii |i('t(', tii es U; iiiioii... c'csl cnlrc les miiiis que je veux inellre ma torliine ; tu en feras un l)on usage, j'en suis corlain ; et quant à moi, ce soir.,, je n'aurai plus besoin de riori et ne m'ennuierai plus : voilà mon projol.

ARUNnKL, fruidcmciit.

Cela me parait raisonnable, et, dans la situation où lu es, tu n'as rien de mieux à faire : si lu étais utile à l'Ktat, à ton pays, à tes compatriotes, je te presserais de vivre; mais Ion immense fortune, tes brillantes qualités, tes talents, n'ont contribué ni à ton bonlieur, ni à celui des autres. Tu peux partir, tu ne laisseras, après loi, ni reproches, ni rei^rcls ; ton absence même ne sera pas remarquée.

ARTHUR

C'est ce ([ui te trompe ; je veux, après moi, leur être plus utile que je n'ai pu l'être jusqu'ici ; je te confie ces papiers, ce sont mes dernières volontés; tu verras que je n'a oublié personne, que je donne à toi, à tous mes vassaux...

ARUNDEL, froiieriipnt.

C'est là ta dernière volonté?

ARTHUR

Oui, fixe et invaiiable.

ARlNDIiL.

VAi bien, tu pouviis l'épargner cette peine : lu n'as rien à donner.

ARTHUR

Comment! je ne peux pas disposer de mes liiens?

ARUNDEL

Tes biens! apprends donc que lu n'en as pas, que lu n'as rien. Si j'ai consenti à me taire |)ar tendresse pour loi, rien ne m'oblige maintenant à cacher la vérité, et ta résolution aura au moins cet avantage, qu'elle rendra au vrai comte Derfort et son nom et ses biens.

ARTHUR

Hue veux-tu dire ?

156 COMÉDIES V.VUDKVILLLS

ARUNDEL

AIR : A soixante ans on ne doit pas remettre. {Le Diner de Madelon.)

De ce séjour le maître véritable Vit inconnu dans son propre château; Pour t'enrichir, une adresse coupable Vous échangea tous les deux au berceau. A tous les yeux s'il faut que je l'affiche, J'y suis tout prêt, et sans rien épargner, Son nom, ses biens, je vais tout lui donner. 11 est heureux, je vais le rendre riche, F'asse le ciel qu'il y puisse gagner !

ARTHLR.

Et pourquoi m'as-lu aussi longtemps cacliô ce secret?

ARUNUEr,.

Je n'avais d'aulro garant, d'aulre preuve, que ma parole, et ne t'en aurais jamais parlé, sans la résolution dont lu viens de me l'aire part.

ARTHUR

Oui, lu as raison, ces liions ne m'appartiennent pas, il faut les rendre.

ARIM)!".!..

Je vais chercher le véritable }iropriétairc, il n'est pas loin d'ici; je le rcMablis dans tons ses droits... je viens après te rejoindre, cl nous ne nous séparerons plus.

ARTIUll.

(Jue dis-tu?

ARUNllEL.

J'ai promis h ton père de ne jamais te ([uiltiM-, lu vois bien (pril faut ([ue nous parlions ensemble.

ARTHUR

Kst-ce loi ipie j'enlomls?

ARUNDEL

Ohl moi, c'est différent...

l'f.nnui 15T

.!//( lin vaiidexille ili's Amnzniies.

Sur mot) destin jo suis tranifuillc,

Pour mon pays j'ai combattu, A mes amis j'ai tâché d'Ctre utile, J'ai toujours fait tout le bien que j'ai pu... Celui qui voit sa tâche terminée .Vu doux repos peut se livrer gaîment ; Bon ouvrier, j'ai fini ma journée, Voici le soir, et je pars en chantant.

Sois tranquille, je vais tout disposer, et dans une heure je viens te chercher.

(il prend la main d'Arllmr, et sort.)

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