‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 101 sur 154 · SCENE XIV · texte numérisé non relu

SCENE XIV

CÉLICOUR, puis M"^- DE ROSELLE.

CÉLICOUIi, regarJnnl à gauche.

Heureusement celte dame est seule ; le prétendu n'est pas encore avec elle : laisons bonne contenance, et voyonsles venir.

M^^e DE ROSELLE, à la cantonade.

Oui, oui, je suis à vous... mais il faut avant tout que je lui parle, et que nous commencions par faire connaissance.

CÉLICOUR.

Je m'en passerais bien.

M"'^ DE ROSBLLE, à j art et regardant Céliconr.

Comment ! c'est celui qui a tourné la tête à Élise, an

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point de s'en faire (épouser secrètement ?... (Eiie s'approche de Célicour. Haut.) Je VOUS siiluc, monsieur... je n'ai pas besoin de vous demander si vous êtes M, Picliard, cela se voit de reste... Oii ! ne vous effrayez pas, je sais tout : je connais votre secret ; mais je suis une alliée, et je viens à votre secours.

CÉLICOUU.

A mon secours?... certainement, madame, vous no pouviez pas arriver plus k propos... mais comment, n'ay uit pas l'honneur d'être connu de vous, daignez-vous prendre intérêt?...

M'"« DE ROSELLE

Nous ne nous sommes jamais vus; mais nous nous connaissons beaucoup, et un mot va tout vous expliquer : je suis madame de Uoselle, vous comprenez...

CÉLICOLR.

Madame de Roselle... (a part.) Qu'est-ce que cela veut dire ?

Vous avez bien fait de ni'écrire, et de vous adresser à moi ; dans la situation oîi vous étiez, je pouvais seule vous sauver, et vous voyez que je n'ai pas hésité ; mais que n'aurais-je pas fait pour vous, pour ma cousine... j'ai quitté ma terre, mon château, et j'accours de soi.xante lieues pour lever tous les obstacles.

. CÉLICOUR, à port.

Je n'y suis plus du tout... du tout.

M""' DE ROSELLE

Je vous dirai tout à l'heure ce que j'ai d6j;\ fait pour vous ; mais apprenez-moi d'abord comment- jusqu'ici vous vous êtes tiré de votre position qui est très-embarrassante, et il ne fallait pas moins que tout votre esprit... où en ètesvous avec Aglaé, avec M. de Plinville?

CÉLICOLR, à part.

C'est singulier, cette fommc-là a l'air d'onlrer dans ma

l'amant bossu 2:21

situation, et cependant nous ne nous comprenons pas. (iiout.) Pcrmellez, madame, vous arrivez de soixante lieues, je le sais; mais ce jeune homme ([ui est avec vous?...

M'"'' DE ROSKLLE.

Eh ! mais, ce n'est pas un jeune homme.

CÉLICOUR, ù part.

Ce n'est pas le prétendu, je suis sauvé.

M"'" DE ROSELLE

Ce jeune homme-là n'est autre que votre père.

CÉLICOUH.

Mon père...

M""^ DE ROSELLE

Eli ! mon Dieu, oui, lui-même, et je l'ai rencontré à deux lieues d'ici, à la dernière poste : je me suis nommée, nous nous sommes reconnus, il me dit : « Je viens de Paris, et « je me rends au château de Plinville, oià je compte trouver « mon fils. » Jugez de mon étonnement, puisque nous étions convenus que vous ne viendriez pas, et que c'était moi qui devais parler pour vous! vous avez donc changé d'idée?

CÉLICOUR.

Mais oui.,, il paraît que j'ai eu tort,

M™'' DE ROSELLE

Du tout, et vous avez très-bien tait, parce que, apprenant que vous étiez ici, et voulant éviter une scène qui ne pouvait pas manquer d'avoir lieu, j'ai pris un parti désespéré : je lui ai tout avoué! j'ai bien fait, n'est-ce pas?

CÉLICOL'R.

Mais dame I... (a pan.) Voilà une femme qui, avec son obligeance, me fera perdre le peu de bon sens qui me reste.

M"''' DE ROSELLE

Il s'est d'abord fâché, il était furieux ; mais il a enfin I senti que le mal était fait; qu'il n'y avait pas de remède, et il a donné son consentement.

CELICOUR.

Ah ! il conseni... cl à ([uoi?

Mais à peu près à tout ce que vous demauilcz, sauf quelques articles que nous réglerons plus tard; ainsi, je me charge de tout auprès de la famille Plinville ; la seule chose que je vous recommande, c'est d'agir toujours dans le sens dont nous sommes convenus.

CÉLICOUR.

C'est bon... toujours dans le même sens...

M™" DE ROSELLE

Et ensuite d'aller trouver votre père, qui veut vous voir et vous parler avant de re[)artir.

CÉLICOUR.

Ah ! mon père qui est venu avec vous... (a p^rt ) Ne confondons pas...

Mn»" DE ROSELLE.

Oui ; il est là dans l'allée des marronniers, à droite.

CÉLICOUR.

Je vous remercie... (.v part.) Et vite, tournons à gauche.

M""= DE ROSELLE

Alli : Lu lotL'iie cal Ui cliiince. (Sopftie Anwiild.)

Allez le voir au plus vite, Ce bon père est indulgent.

CÉLICOUR, ù part.

Entre nou?, si je l'évite, Je crains peu la voix du sang; Mais il est triste au contraire, Quoi(iuo cela se soit vu, Uc passer près de son pore yans en être reconnu.

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Ensemble.

M""- DK ROSELLE.

Allez le trouver bien vite; Je vais, sans perdre de temps, Servir comme il le mérite Le plus cher de mes parents.

CliLICOUR.

Je cours le trouver ijlen vite; Et vous, sans perdre de temps, Servez comme il le mérite Le meilleur de vos parents.

(célicour sort.)

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