‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 106 sur 154 · SCENE XIX · texte numérisé non relu

SCENE XIX

Les mêmes; M'"'' DE ROSEIiLE, qui est rest.e dans lo fond. M""^ UK nOSELLK.

Dieux! quelle perfidie!... Comment! Aglaé, apr«"s ce que je vous ai dit, vous le souffrez à vos pieds, hii., un liomme marié I...

JULlKNMi.

Là... encore une autre bosse!... ils n'en sortiront pas.

M. DE PLÎNVILLE.

Un homme marie ?...

M"'8 DE IlOSELLE.

Oui, M. Pichard est marié secrètement depuis (juinze jours; il a épousé Elise de Merieuil, ma cousine, qui m'a tout avoué, tout confié, et qui m'avait chargée d'arranger cette affaire-là avec son père, et avec vous-même : voilà pourquoi j'étais venue, (neg^rdant céiicour.) iMais après la conduite de son indigne époux...

M. DE PLINVILLE, Ijniit, avec indign.ilion.

Comment! monsieur...

CÉLICOUR, à M. de PlinriUo.

Un instant! suspendez l'anatlième. (Aux autres.) Vous l'entendez, M. Pichard est marié, madame l'atteste, (a madame de Roseiie.) Quc VOUS ètos bonnc ! que vous êtes aimable! vous aviez bien dit que vous seriez ma protectrice... quel dommage que vous ne soyez plus ma cousine!

M""' DE ROSELLE

Que voulez-vous dire?

CÉLICOUR.

Que, M. Pichard étant marié, je lui rends son nom; et j'ai încme encore une autre restitution à lui faire.

(Se débarrassant de sa redingote. )

232 rOMKUlKS — VAU UEVII.I.KS

AGLÂE.

Que faites- vous donc?

CÉLICOUR.

Il y a si longtemps que j'ai cessé d'être moi-même, que je ne suis pas fâché de me retrouver.

M. DE PLINVILLE, AGLAÉ cl M"'° DE ROSELLE.

Que vois-je ?

JLLIENNE.

Eh pardi! M. de Célicour lui-mômo.

CÉLICOUR.

Oui, monsieur, j'avais pris le nom cl la tournure de M. Pichard, voilà tout le secret... et j^m;1is secret ne m'a pesé autant que celui-là. Vous devinez maintenant les raisons que j'avais d'implorer votre indulgence. Je sais bien qu'un nom, de la fortune, une famille respectable ne suffisent point pour excuser mes torts, et me permettre d'aspirer à la main de votre nièce; mais si vous daigniez...

M. DE PLINVILLE.

Je suis toujours pour ce que j'en ai dit, monsieur : c'est à Aglaé qu'il faut vous adresser; et vous connaissez sa prévonliim.

AGLAÉ

Contre M. Pichard, oui... mais je n'en ai plus contre M. de Célicour.

M'"^ DE ROSELLE

Sans doute; un pared déguisement n'cst-il pas déjà une grande mariiue d'amour?

JULIENNE

Je crois bien... si vous saviez tout le mal iiue cela nous a donné ce matin...

M. DE PLINVILLE.

Sans compter que renoncer à des avantages naturels aussi

l'amant bossu 2ââ

évidents, c'est sublime, c'est héroïque... surtout pour un jeune homme à la mode.

CIÎLICOUR.

Oui, raillez, moquez-vous de moi; vous le pouvez hardiment : je me souviens de mon premier 6lal; et quand on a été bossu un seul jour, on a l'esprit bien fait toute sa vie.

VAUDEVILLE

AIH du vaudeville de L'Homme vert.

M. DE PLIXVILLE.

Pour les découvertes précoces Je suis d'un zèle sans égal.

Mais surtout j'aime, en fait de bosses. Le système du docteur Gall.

Dans la carrière qu'il nous ouvre Tant de gens donnent au surplus, Qu'à tous les instants on découvre Encore une bosse de plus.

M™"^ DE ROSELLE

Voyez ce seigneur que l'on cite; Sur lui la fortune a soufflé :

Mince de son propre mérite.

C'est d'orgueil seul qu'il est gonflé.

Que de gens dans plus d'une classe, Pieds-plats pour être des élus, Font gros dos dès qu'ils sont en place! Encore une bosse de plus.

A la ville comme au village, Je voyons plus d'un vieux Crésus Qui croit avoir tout en partage.

Parc' qu'il possède des écus.

Il épouse une jeune blonde Dont on garantit les vertus, Et chacun se dit à la ronde :

Encore une bosse de plus.

CÉLICOUR.

Que d'imporluns qui vous ennuient El que l'on ne peut éviter!

Que do sots qui vous contrarient Et qu'il faut pourtant supporter !

Ah ! si dans l'empire des Gaules, Il fallait compter au surplus Ceux qu'on porte sur ses épaules, Grands dieux, que de bosses de plus!

AGLAÉ, au public.

Vous dont la bonté souveraine Soutient le faible et vient l'aider, Messieurs, vous devinez sans peine Ce que je veux vous demander.

Nos auteurs, qui parfois succombent.

Craignent des accidents connus.

Et peuvent se faire, s'ils tombent...

Encore une bosse de plus.

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