SCÈNE XYUI
Les mêmes; M. DE PLINVILLE, CÉLICOUR.
CÉLICOUR, à M. de Plinville.
Oui, monsieur, je vous atteste que votre rigueur forait deux m.ili.cureux, c'est l'exacte vérité, et je ne nrcn lais pas accroire.
J'avoue que l'assurance que vous m'en donnez ne suftit pas pour me persuader, je vous demanderai la permission d'interroger ma nièce, et de m'en rapporter à elle.
CÉLICOUR, à Aglaé.
C'est aussi ce que je demande; ainsi, mademoiselle, parlez, je vous en conjure, (a piinviUe.) Vous voyez que je ne crains pas la vérité, (a Agiaù.) Déclarez-la bien nettement, bien positivement...
AGLAÉ
Vous m'avez donné l'exemple de la franchise, monsieur, et je le suivrai. Je vous déclare donc bien positivement que je ne vous aime pas, et que je no vous aimerai jamais.
CÉLICOUR, stupéfait.
Comment! que dites-vous là? (Bas avec sa voix naturelle.) Mais vous vous trompez.
JULIENNE, à part.
Là... voilà qu'elle n'en veut plus à présent!
M. DE PLINVILLE, de même.
Je savais bien aussi qu'avec un pareil physique...
CÉLiCaUR.
Je vous demande, monsieur, d'où cela peut venir.
M. DE PLINVILLE.
D'oiî cela peut venir? eh parbleu! regardez-vous.
CÉLICOUR.
Eh! il s'agit bien de cela! qu'est-ce que cela fait?
Ce que cela fait? vous allez voir que pou importo à une jeune personne d'épouser un mari difforme !
CÉLICOUR, impatienté.
Difforme... difforme... je ne le suis pas i»lus que vous.
M. DE PLINVILLE.
Eh bien! par exemple, a-l-il de l'aniour-propre ! Monsieur,
L A M A N r BOSSU
je n'ai pas de prôlcnlions à la laille ; mais enfin loul le monde peut juger entre nous.
cÉLicoua.
Eli! monsieur, ce n'est pas cette raison i(ui détermine mademoiselle.
AGLAÉ
Si, vraiment; il n'y en a pas d'autre.
CÉLICOUR, bas à Agloê.
Vous plaisantez sans doute, vous qui connaissez la vérité.
AGLAÉ
Oui, monsieur, je la connais, et je sais que vous êtes réellement ce que vous feignez d'être.
Par exemple !... et Julienne peut vous attester...
AGLAÉ
Julienne elle-même en est convenue.
CÉLICOUR.
Comment!...
JL'LIENNE.
Oui, monsieur, j ai dit que vous étiez bossu : il l'a fallu, et je ne vous conseille pas de soutenir que vous êtes bel homme, on n en veut plus ici.
CÉLICOUR.
Je n'y conçois plus rien.
AGLAÉ
Rien n'est plus simple, et il est impossible de s'expliquer plus franchement : s'il est vrai que tout cela ne soit qu'une ruse, si vous pouvez nous prouver que vous n'êtes pas bossu, je consens à vous épouser.
CÉLICOUR, voulant ôter sa redingote.
Parbleu 1 si ce n'est que cela...
M. DE PLINVILLE, l'arrêtant.
Qu'est-ce que j'apprends là? une ruse, un déguisement... Un instant! si monsieur n'est pas bossu, je retire ma parole.
AGLAÉ
Qu'il s'arrange comme il voudra; mais s'il l'est, je n'en veux pas.
M. DE PLIWILLE.
rt s'il ne l'est pas, je le refuse.
CÉLICOUR.
C'est cela, impossible d'en sortir à présent!
JULIENNE
Dame ! entendez-vous, il faut cependant qu'il soit quelque chose.
CÉLICOUR.
Je vois qu'il y a pour moi un égal danger à parler, ou à me taire; qu'importe donc qui je sids! ne songez plus à ma personne, ne voyez que les sentiments qui m'ont fait agir; et puisque tous deux vous voulez connaître la vérité, apprenez qu'il n'y a de vrai, qu'il n'y a de réel (a Agiaé.) que l'amour que j'ai pour vous; (a m. de l'iiQviUe.) que le désir que j'avais de vous plaire, de mériter voire estime, et la main de votre nièce... il y a de vrai suitout, mou élourderie, ma présonqjtion qui ne m'ont jamais abandonné, et qui dans ce moment môme me font espérer encore que vous ne serez point inexorables, et que vous daignerez pardonner des fautes que l'amour seul m'a fait commettre.
(U se jptte aux pieds d'Aglaé) JULIENNE.
Par exemple, mademoiselle, si vous y résistez...
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