‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 128 sur 154 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

STANISLAS, MICHEL, il porte un paquet au bout d'un bâton. MICHEL.

Je vous demande pardon d'entrer ainsi sans façon. Pourriez-vous, monsieur le soldat, m'enseigner le chemin pour aller à la ville voisine ?

STANISLAS

Tiens! ce jeune cadet qui ne sait pas où est la grande route !... Eh! mais, nous sommes en pays de connaissance ; c'est M. Michel que nous avons vu, il y a un mois, à la ferme des bois, à trente lieues d'ici. Vous ne me remettez pas?

\^Lui tendant la main.) MICHEL, lui serrant la main de mauvaise grâce.

Si fait, si fait ; j'y suis maintenant. Vous étiez de ce régiment qui a repoussé l'ennemi le jour où on s'est battu près de notre ferme ; c'est que nous y étions tous!

AIH tlu Marianne. (Dalaykac.)

L'affaire était joliment rude.

STANISLAS

J' crois niciu' qu' vous aviez un peu peur.

MICHEL

Dam' quand on n'a pas l'habitude, Et qu'on se liât en amateur !

Quoiqu' paysan, On est vaillant, Surtout quand on a' peut pas faire autrement. Ln fourche en main, Bravant 1' destin, Nous étions là vingt héros En sabots.

MICHEL ET CIIIUSTINE 295

Pour ma part, d'estoc et de taille J' frappais si bien qu'après 1' combat, L' gênerai me nomma soldat Sur le champ de bataille.

Mais ma nomination n'a pas eu de suite.

STANISLAS

Cependant vous n'êtes plus garçon de ferme ?

MICHEL

Non, monsieur le soldat, je ne suis plus paysan, je suis bourgeois; j'ai obtenu par des protections... c'est Pierre Durand, un fiscal de chez nous, qui m'a fait avoir un emploi civil : je suis dans l'octroi. Quand je dis civil, c'est presque militaire, parce que je serai commis à cheval dès que j'en aurai un : on se fournil de (out.

STANISLAS

Et vous n'en avez pas encore?

MICHEL

Moins que jamais.

STANISLAS

Comment! moins que jamais?

MICHEL

Je vais vous conter ça. C'est ([ue cette nuit je suis tombé dans un j)arti de hussards qui m'ont tout pris, et depuis ce moment-là je cours encore.

STANISLAS

De sorte que vous n'avez pas encore eu le temps de penser à déjeuner.

MICHEL

Si fait, j'y ai pensé ; mais, vu les obstacles, (Montrant son gousset.) je n'osais pas entrer dans cette belle auberge.

STANISLAS

Comment ! c'est pour cette raison?,.. Touchez là, et ne

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craignez rien ; c'est moi qui paye : nous déjeunerons ensemble. Holà ! quelqu'un.

MICHEL

Quoi! monsieur le soldat, vous êtes assez bon... c'est vous qui payez...

STANISLAS

Cela vous étonne?

MICHEL

Non, du tout : ça m'étonnerait bien plus si c'était moi • mais je ne voudrais cependant pas vous coûter de l'argent.

STANISLAS

Je vous dis de ne rien craindre; je suis chez moi. Holà! les garçons; mais ils sont occupés, et j'aurai plus tôt fait d'aller moi-même... Reposez-vous là : vous en avez besoin; je reviens dans un instant. Adieu, mon brave.

5IICHEL.

Adieu, monsieur le soldat.

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