‹ OEuvres complètes de Eugène Scribe (volume 3)Chapitre 135 sur 154 · IL— VIII · texte numérisé non relu

IL— VIII

MICHEL

C'est que j'avais la vue un peu troublée. (Resardant autour de lui, à part.) Elle n'cst plus là ; je ne la verrai plus.

STANISLAS

Ah çà! mon garçon, vous avez dit adieu à votre cousine, vous l'avez embrassée?

MICHEL, vivement.

Non, non; ça, je l'ai oublié...

Eh bien! c'est égal, je l'embrasserai pour vous. Voilà votre chemin, la route est belle; bon voyage, et adieu, mon cousin.

MICHEL

Oui, adieu, mon cousin, (a part.) Dieu ! que c'est dur à prononcer : et dire que je les laisse là ensemble !

STANISLAS, se retournant.

Eh bien! vous n'êtes pas encore parti?

MICHEL

Si fait, si t'ait; c'est que je me rappelle ce petit verre... que vous m'avez promis.

STANISLAS

Diable! quelle mémoire vous avez! Eh bien! voyons:

(Prenant lu bouteille qui est restée sur la table et versant deux petits Terres.) dépôchons, et trinquons, (voyant Michel qui veut prendre

une chaise.) Oli ! cc n'cst pas la poinc de vous asseoir; cela se prend debout : cola descend plus vite, (n avale son verre

d'un trait, et regarde Michel qui est très-longtemps à prendre le sien.)

Eh bien! ça passe- 1- il?

MICHEL

Dieu ! que c'est fort !

STANISLAS, buvant encore.

Ah çà ! est-il en relard! Je vois que ça n'entend rion à la

MICHEL liT CHRISTINE 315

charge en douze temps... Maintenant que vous avez bu le coup de l'élricr, en roule, camarade.

MICHEL

Oui, certainement je ne demande pas mieux ; mais c'est (ju'avanl de partir j'avais quelque chose à. vous demander.

STANISLAS, à part en spcouant la tcte.

Qu'est-ce que cela veut dire? voilà un gaillard qui a bien de la peine à s'en aller. (Haut.) Eh bien ! voyons, je l'écoute.

MICHEL

C'est que, voyez-vous, j'avais pensé...

STANISLAS

Est-ce que tu vas être aussi longtemps à parler qu'à prendre des petits verres? Je t'ai dit : pas accéléré... marche!

MICHEL, parlant très-vite.

Eh bien! je dis que si vous voulez me donner chez vous une place de garçon d'auberge, vous serez content de mon zèle; je ne demande rien que la nourriture, le logement, et pas de gages.

STANISLAS

Ah! lu veux entrer chez nous comme garçon d'auberge... Eh bien! nous verrons, nous te prendrons à l'essai; et quoique tu ne demandes pas de gages, je l'en donnerai ; c'est moi qui t'en promets,

MICHEL, un peu effrayé.

Je vous remercie, monsieur Stanislas ; c'est que vous me dites cela d'une manière... il ne faut pas que cela vous gène, d'abord; si cela ne vous plaît pas...

Si fait, si fait; mais il faut que je sache d'abord si cela conviendra à ma femme.

MICHEL, vivement.

Oh ! oui; si ce n'est que cela, vous pouvez être sur qu'elle ne s'y opposera pas.

STANISLAS

Et comment le sais-tu?

MICHEL

C'est que c'est elle... qui tout à l'heure m'engageait à rester.

STANISLAS

Ah ! elle t'a engagé... 'a part.) Christine voudrait se jouer de moi, me tromper! xMilzieux I je ne peux pas le croire, et quant à lui... (Haut.) Écoute ici, je vais chercher ma femme et m'entendre avec elle ; je crois que c'est nécessaire. En attendant, tu resteras chez nous à une condition : c'est que tu n'adresseras jamais la parole à Christine, enteads-tu?

MICHEL

Oui, j'entends.

STANISLAS

Et si tu voyais quelque blanc-bec tourner autour d'elle, et vouloir lui en conter, tu m'en avertirais, et leur affaire ne serait pas longue : ils auraient bientôt fait connaissance avec la lame de mon sabre. Je ne te dis que ça ! adieu.

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