SCÈNE XIII
MICHEL 8oui, pais CHRISTINE.
Il ne me dit que ça ! c'est bien assez.
CHRISTINE, sortant du bosquet.
Il n'y est plus...
MICIIF.L, l'aporcovnnt.
C'est Christine, et ne pas oser lui parler!
(Prenant un tablier qu'il met autour de lui.) CHRISTINE.
Comment ! il est vrai, te voik\ de la maison ? (Michel fuu
MICHEL ET CnniSTINE 317
signe que oui.) Tu as donc renoncé à ta place, à tes idées d'ambition ?
(Michel fait signe que oui.) CHRISTINE.
Et lu resteras ici... toujours?
MICHEL
II n'est pas là... il n'écoute pas...
AIR : Qui n'aime pas Jeannette. {Jeanne d'Arc.) Premier couplet.
Oui. je l'atteste.
Je renonce aux grandeurs;
Ici je reste :
Pourrais-je vivre ailleurs?
CHRISTINE
Quel destin est le notre!
Et quel tourment pour toi De me voir près d'un autre 1
Du moins je le voi.
Deuxième couplet.
J' s'rai par mon zèle L' premier de tes valets;
De plus fidèle Tu n'en auras jamais.
(Montrant le fond.) Et quand sa main terrible Se lèvera sur toi, J' tâcti'rai, s'il est possible.
Que ça tombe sur moi.
CHRISTINE
Pauvre Michel !
MICHEL
En revanclie, je ne te demande qu'une chose, une seule chose.
318 COMÉDIKS — VAUDEVILLES
CHRISTINE
Quelle est-elle?
MICHEL
C'est que tu me permettras de t'aimer.
CHRISTINE
Te l'ai-je défendu?
Non, c'est vrai, et tu as bien fait ; parce que ([uand ce grand diable lui-même voudrait m'en empcclicr, il n'y aurait pas moyen. Et toi, m'aimeras- tu aussi?
CHRISTINE
Non pas, Michel ; cela est impossible, je ne suis plus à moi, je me suis engagée.
MICHEL, timidement.
Ah! ça ne se peut donc pas? eh bien! Christine, je ne t'en parlerai plus. Donne-moi seulement un seul baiser, et que ce soit le dernier.
CHRISTINE
Un baiser!... que dirait Stanislas?
MICHEL
Parbleu ! qu'il dise ce qu'il voudra ; qu'est-ce que ça me fait? Dieu! le vilain homme! que j'aurais du plaisir à le taire enrager à mon tour!... Comment! Christine, il n'y a pas moyen que lu m'aimes jamais?
CHRISTINE
Si vraimenl, un seul.
MICHEL
Et quel est-il?
CHRISTINE
C'est que tu lui en demandes la permission.
MICHEL, s'éloignnnl avec effroi.
nu'csl-ce (juc vous me dites donc li?
CHRISTINE
Oui, cela maintenanl dépend de lui ; cl s'il te le permet... s'il te l'accorde, alors...
MICHEL
Comment ! il serait possible ?
CHRISTINE
Mais il faut le lui demander,
MICHEL, A part.
C'est sûr, il me tuera sur la place.
CHRISTINE
Vois si tu m'aimes assez pour cela.
MICHEL
Si je vous aime !... Au fait, mourir de ça ou de chagrin, cela revient au même. Dieu ! c'est lui ; je sens tout mon courage qui s'en va.